6 mai au 28 juin, du mercredi au dimanche de 14h
à 19h
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» Oh ! cet écho « - André Thomkinsune exposition conçue par André Kamber Il n'avait guère sa place dans le Paris de 1950, au moment où il fréquentait la Grande Chaumière. Mais il sera l'un des quatre Suisses (avec Daniel Spoerri, Karl Gerstner et Dieter Roth) qui animeront Düsseldorf et y enseigneront à l'ère de Josef Beuys. Questionneur et jongleur de formes verbales et picturales, dont il poursuit inlassablement les mues, il a préféré à tout autre jeu les "jeux d'amour et de mots". Ainsi les palindromes* (mots ou groupes de mots pouvant se lire dans les deux sens) comme celui-ci, par exemple, qui annonce l'arrivée à Paris, en différé, d'une oeuvre majeure : » Oh ! cet écho «... |
- Comment es-tu devenu artiste ?
- En chevauchant un vélo de course anglais à bain d'huile ;
par goût des crayons pointus et des têtes de mort ;
en poursuivant les métamorphoses des surfaces durant les cours de géométrie ;
grâce à d'autres imperfections et grâce à la poésie dada d'Arp.
- Peux-tu t'imaginer une vie sans succès ou sans réussite reconnue ?
- Oui, mais pas sans amis.
"100 questions à André Thomkins", par Serge Stauffer

André Thomkins est, avec Dieter Roth, Karl Gerstner et Daniel Spoerri, l'un de ces quatre Suisses qui ont animé Düsseldorf et y ont enseigné à l'ère du "chamanisme artistique" de Josef Beuys.
Né en 1930 à Lucerne (Suisse) et mort à Berlin en 1985, Thomkins a toujours fait preuve d'une curiosité intellectuelle hors du commun et d'intérêts quasi encyclopédiques. En témoignent ses dessins, aquarelles et objets, les formes inédites d'expression et les jeux de langage qu'il forge en réponse à chaque impression, chaque sollicitation artistique, pour les éclairer, les interpréter, toujours avec drôlerie, esprit critique ou ironie. Dans son oeuvre, ses amis artistes tiennent une place centrale et provoquent échanges, paraphrases, collaborations multiples. Selon André Kamber, commissaire, cette exposition se veut "l'écho" de ce va-et-vient créatif et amical qui traverse l'oeuvre de l'artiste. Thomkins aurait pu faire sienne la phrase de Daniel Spoerri : "le meilleur de moi-même, ce sont mes amis" !
En plus des dessins, gravures, objets, laques ("lackskins") et palindromes de Thomkins, l'exposition du C.C.S. présente ces échanges et collaborations de l'artiste avec ses amis : Joseph Beuys, George Brecht, Franz Eggenschwiler, Gérard Esmerian, Robert Filliou, Karl Gerstner, Alfonso Hüppi, Bernhard Luginbühl, Gérald Minkoff, Dieter Roth, Serge Stauffer, Daniel Spoerri et d'autres encore.
Vers le milieu des années soixante, la nouvelle forme d'expressivité issue du Néo-Dadaïsme et de FLUXUS, du Pop Art et du Nouveau Réalisme, et dont plusieurs artistes suisses portaient déjà les traces à la fin des années cinquante, se déploie complètement avec André Thomkins.
En RFA, Thomkins entra très tôt en contact avec les idées de FLUXUS, qui contribuèrent à transformer son oeuvre. Petit à petit, il élabora des méthodes pour mettre en image les nouvelles idées. Il avait déjà appris avec Max von Moos que l'inspiration artistique est méthodique ou, plutôt, que certaines méthodes la stimulent. Il semble pourtant que l'élève devint encore plus méthodique que son ancien professeur. "Le caractère méthodique de l'oeuvre de Thomkins a pris une telle envergure qu'on peut se demander ce qu'il ne réussirait pas à convertir en méthode", écrivait son ami Karl Gerstner.

Deux de ces méthodes sont régulièrement reprises : le procédé du formulaire et la méthode baroque. Le procédé du formulaire consiste dans un premier temps à tracer sur la surface blanche une structure de base régulière - une sorte de trame - que l'imagination de l'artiste "remplit" comme un formulaire. "En différenciant de plus en plus le dessin de base, nous explique Karl Gerstner, sa main fait littéralement naître des motifs et des figures. En devenant de plus en plus serré, l'ensemble conduit à une apothéose de membres humains, de visages et de corps, d'images d'une flore et d'une faune réelle ou imaginaire, de paysages, de vues urbaines ; tout s'entrelace dans la trame initiale &endash; mélange époustouflant de toutes les échelles de grandeur et de toutes les perspectives imaginaires."
A l'opposé de la méthode baroque, le procédé du formulaire est constructif puisqu'il s'élabore progressivement à partir d'un dessin de base. La méthode baroque, elle, part plutôt de grandes formes pour en venir au détail : dans un premier temps, Thomkins distribue librement &endash; sans idée, sans intervention arrêtées &endash; des coups de pinceau qui forment souvent des taches claires. "En cours de travail, il lit ces taches de manière figurative. Comme dans le cas du procédé du formulaire, il y déchiffre des motifs et des figures constamment nouvelles et obtient, par une démarche complètement différente, des résultats semblables au niveau du contenu et complètement différents au niveau de la forme."
Les deux méthodes se fondent sur l'association libre. Les associations de Thomkins partent toujours de ressemblances formelles - si faibles soient-elles. Peu de taches de couleur, peu de lignes ne sauraient manquer de rappeler quelque chose à l'artiste, évoquer quelque image, quelque impression visuelle. Naturellement tout être humain a "la tête pleine d'images" - mais tout un chacun ne serait pas capable de les coucher sur le papier avec la facilité et la précision d'un dessinateur-né comme Thomkins.
Un élément se transforme en un autre ; de la façon la plus déconcertante les objets passent d'une identité à une autre puis, tout aussi rapidement, à une troisième. Les dessins, les aquarelles et les gouaches de Thomkins (souvent de petit format) dévoilent une appréhension de la réalité fluxiste qui fait référence au philosophe grec Héraclite. Selon lui et selon FLUXUS, il n'y a dans le monde ni essence immuable, ni identité ou état définitif ; tout est en continuelle mutation. C'est à Héraclite que remonte la célèbre formule selon laquelle il est impossible de se baigner deux fois dans le même fleuve car, entre la première et la seconde fois, le fleuve aussi bien que l'homme sont devenus autres.
Extrait de "L'Art en Suisse 1890-1980" par H.A. Lüthy et H.J. Heusser (Payot Lausanne)
Un cahier de dessins, Pour Eva , a été édité à l'occasion de cette exposition
quelques reflets dans la presse d'expositions présentées dans nos murs :