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mercredi
16 mai à 20h30 : table ronde
Mireille
Cifali, professeur
à l'Université de Genève, responsable
de la table ronde :
« De l'occulte à l'inconscient. Portrait d'un
savant suisse »
Le genevois Théodore Flournoy et ses recherches sur
l'occulte et la mystique. Découvreur, anticipateur
et transmetteur. Ses liens avec les premiers pionniers de
la psychanalyse en Suisse.
Olivier
Flournoy,
psychanalyste à Genève, petit-fils de Théodore
Flournoy:
« Théodore Flournoy, entre Ferdinand de Saussure
et Sigmund Freud »
Interprétation par le petit-fils de Théodore
Flournoy, psychanalyste, de la manière dont son grand-père
a abordé la question de la séduction et de la
parole.
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Théodore
Flournoy à sa table de travail
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Vincent
Barras,
de l'Institut romand d'histoire de la médecine à l'Université
de Lausanne :
« Subliminologie I : Autour des Indes à la Planète
Mars »
Fernando
Vidal,
chercheur à l'Institut Max Planck d'histoire des sciences,
Berlin :
« Subliminologie II : Autour de la Planète Mars en
Terre Sainte »
Sonu
Shamdasani
(research associate, Wellcome Trust Centre for the History of Medicine,
University College, Londres) :
« Subliminologie III : Autour d'Hélène et des
profondeurs sublimes »
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Hélène
Smith (1861-1929), médium à Genève, devint
de son vivant une véritable vedette du « subconscient
», lequel lui commandait, dans certaines circonstances,
de décrire, de proférer, de peindre ses visions.
Ses créations multimédia intéressèrent
tant les spirites, les poètes, les critiques d'art,
les pasteurs que les scientifiques (tels Flournoy dans Des
Indes à la Planète Mars, et Déonna dans
De la Planète Mars en Terre Sainte). Pour les historiens
d'aujourd'hui, l'aventure d'Hélène Smith constitue
un témoignage extrêmement précieux sur
la constitution, autour de 1900, d'une science hors des sillons
freudiens, laquelle, penchée sur le sublime des profondeurs
du subconscient, pourrait s'intituler « subliminologie
»
ci-contre
: Intérieur ultramartien, dessin d'Hélène
Smith
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Elisabeth
Roudinesco,
historienne et directeur de recherche à l'Université
de Paris VII :
« L'inconscient subliminal et l'inconscient freudien »
La question de l'inconscient freudien et de l'inconscient subliminal
; l'entrée de la psychanalyse en France et en Suisse.
Débat
entre les intervenants, Michel Beretti et la salle.
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Illustration
: une séance de spiritisme, pratique très en
vogue à l'époque où Flournoy étudiait
le cas Hélène Smith
©
Institut Jean-Jacques Rousseau, Université de Genève
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Repères
bibliographiques
Théodore
Flournoy :
Des Indes à la Planète Mars, Slatkine Reprints, Genève,
Paris, 1983; le Seuil, Paris, 1983.
Mireille Cifali
:
Freud pédagogue ? Psychanalyse et Education, InterEdition,
1982.
Entre Genève et Paris : Vienne, Le Bloc-Notes de la psychanalyse,
n°2 1982, 91-130.
Théodore Flournoy : la découverte de l'inconscient,
Le Bloc-Notes de la psychanalyse, n°3 1983, 111-131.
Les chiffres de l'intime(postface), in Flournoy T., Des Indes à
la Planète Mars, rééd, Seuil, Paris, 1983,
371-385.
Une glossolale et ses savants : Elise Muller, alias Hélène
Smith, La linguistique fantastique, Paris, Clims-Denoël, 1985,
236-245.
La fabrication du martien : genèse d'une langue imaginaire,
Langages n°91, 1988, 39-52.
Elisabeth Roudinesco
:
Histoire de la psychanalyse en France vol. 1 (1982, 1986) Paris,
Fayard, 1994.
Histoire de la psychanalyse en France, vol. 2 (1986), Paris, Fayard,
1994.
Pourquoi la psychanalyse ?, Paris, Fayard, 1999.
Dictionnaire de la psychanalyse, avec Michel Plon (1997), Paris,
Fayard, 2000.
Vincent Barras
:
La médecine des Lumières : tout autour de Tissot (en
collaboration avec Micheline Louis-Courvoisier), Georg, Genève
2001.
Galien, De la bile noire (traduction, introduction et notes, en
collaboration avec Terpsi Bichler et Anne-France Morand), Le Promeneur-Gallimard,
Paris, 1998.
Olivier Flournoy
:
Théodore et Léopold , La Baconnière, Neuchâtel,
1986.
Sonu Shamdasani
:
Editeur, parmi quelques ouvrages, de l'édition anglaise du
livre de Flournoy Des Indes à la Planète Mars.
Cult Fictions : C.G. Jung and the Founding of Analytical Psychology,
Routledge, 1998.
Fernando Vidal
:
Piaget before Piaget, Harvard University Press, 1994.
Las razones del cuerpo, 1999 - recueil de textes de Jean Starobinski
avec une introduction.
Théodore
Flournoy, le savant et l'occulte par Mireille Cifali
Au début
du 20ème siècle, Théodore Flournoy introduisait
l'occulte à l'Université de Genève. Présentons
cet initiateur qui, en 1891, obtient une première chaire
de psychologie physiologique, soit expérimentale, à
la Faculté des sciences, puis fonde le Laboratoire de psychologie
en 1892. Dans l'année 1901, Flournoy crée également
les Archives de psychologie avec son cousin, Edouard Claparède
(lui-même fondateur en 1912 de l'Institut Jean-Jacques Rousseau,
actuellement Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation).
Puis il choisit en 1915 d'occuper, à la Faculté des
Lettres, une chaire consacrée à l'histoire et la philosophie
des sciences. Il fut un excellent enseignant. « Il pensait
qu'on peut exposer les problèmes de philosophie et de psychologie
sans jargon spécial, dans la langue de tout le monde »
(Bouvier, Journal de Genève, le 22.11.1920). Pourtant à
en croire le journal qu'il tint, il était malade avant et
après ses conférences. Après, de n'avoir pas
approché la perfection. Avant, d'angoisse... Théodore
Flournoy était attiré par ce qui était négligé
par les autres savants. O. Bridel écrit : « Les boutades,
les mots de Gavroche, dont il semait volontiers ses discours, et
qui maintes fois ont jailli de sa plume, n'étaient qu'un
indice, une manifestation superficielle de son profond instinct
d'indépendance à l'égard du convenu, de son
irrespect pour toute tradition ankylosée, de son incessant
besoin d'ouvrir les fenêtres pour voir si rien de "scandaleux"
n'apparaît peut-être, enfin, à l'horizon »
(in Wissen und Leben, 1.03.1921). Médecin, Flournoy fait
une partie de ses études en Allemagne, passe par le Laboratoire
de Wundt, et tente des études de philosophie. En 1885, il
donne un cours sur la philosophie de Kant, et en 1886 un cours sur
l'histoire des sciences. Il est alors en contact étroit avec
l'anglais Frédéric Myers et l'américain William
James. Avec eux, il partage l'intérêt pour les productions
médiumniques et les phénomènes occultes, et
fait le pari que dans ces phénomènes prétendus
supra normaux peut se découvrir le pouvoir normal du psychisme.
Flournoy a pris son parti. Il veut comprendre; et pour comprendre,
aller y voir. Mais dès 1890, il épouse les positions
de Wundt : un scepticisme aigu, soulignant que s'il y a une explication
à rechercher aux phénomènes étranges,
ce n'est pas dans les « Esprits » que l'on va la trouver.
Dans le cours que Théodore Flournoy donne en 1912 et en 1915
sur l'histoire psychologique des sciences occultes, voici comment
il définit l'occultisme : « Ce dernier n'est pas une
science à proprement parler ; mais il n'en est pas moins
intéressant à étudier, puisqu'il est à
l'origine de toutes nos sciences ». Il précise : «
Les théories occultes sont des productions naturelles de
l'esprit humain aux prises avec la réalité. À
ce titre elles offrent un grand intérêt, car elles
nous renseignent sur les fautes à éviter dans la recherche
de la vérité scientifique ». L'occulte posait
à la science des problèmes que Flournoy ne voulait
pas éviter. Ainsi s'exprimait-il en 1897 dans un cours de
vacances : « Messieurs, si je ne vous laisse pas d'idées
claires aujourd'hui, j'aurai atteint mon but. Nous sommes en effet
dans un domaine où j'estime que pour le moment la seule position
scientifique est la réserve et le vague ». Qu'en retira-t-il
? Dans « Genèse de quelques prétendus messages
spirites », paru dans la Revue de philosophie de février
1899, il résume sa position, écrivant que derrière
les prétendus communications et messages spirites «
il y a un pur produit de l'imagination subconsciente du médium,
travaillant sur des souvenirs ou des préoccupations latentes
». C'est la projection sur le dehors de quelque chose qui
est dedans, où entre une faculté de dramatisation
et de personnification propre au rêve ; les productions médiumniques
seraient comme les personnages du rêve : ils ne concernent
que nous ..., argumente-t-il. C'est que depuis 1894, il travaille
avec un médium, Elise Muller. De cette expérience,
il tire une première publication : Des Indes à la
Planète Mars en 1900 qui paraît en même temps
que La Science des rêves de Sigmund Freud. Un an plus tard,
il publie Nouvelles observations sur un cas de somnambulisme avec
glossolalie, puis en 1911 Esprit et médium. Flournoy est
un scientifique qui ne voulait pas qu'on pût dire de lui :
« Les savants ne sont pas curieux ». Depuis son ouvrage
initial Métaphysique et psychologie en 1890 jusqu'à
son dernier Une mystique moderne en 1915, il fut un universitaire
très attaché à comprendre le pouvoir et les
limites de l'approche scientifique. Son originalité ? Disons
qu'en même temps que Freud, par une autre voie, il met à
jour une force qu'il appelle l'« inconscient mythopoïétique
», et devient celui qui facilite l'entrée de la psychanalyse
en Suisse romande. En 1913, il mène un cours universitaire
- exceptionnel pour l'époque - sur la psychanalyse ... L'occulte
était donc objet de vifs débats. En 1913 Henri Bergson
ne devenait-il pas président de la Society for psychical
Research à Londres ? Et en 1929, existait encore un Centre
permanent International de Conférences et de Congrès
de Recherches Psychiques (Revue des sciences psychiques, 15.IV.1929,
n°7), à la tête duquel se trouvaient « d'éminents
savants tels que les Prof. Richet, Granjean, Claparède, Driesch,
les Drs Baudouin, Jung, Osty pour ne citer que ceux-là ».
Article
paru dans le dernier numéro de Campus, publication de l'Université
de Genève
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