|
La gravure que
Franz Gertsch pratique depuis 1986 pour révéler (pourquoi
pas au sens photographique !) visages, feuilles végétales,
eaux et sous-bois avec une efficacité visuelle stupéfiante
sans jamais sacrifier la ferveur de la présence au spectaculaire
cette gravure s'inscrit dans la vieille tradition asiatique
et européenne de l'impression en relief, celle de la taille
blanche, mais sous une modalité novatrice. Sa technique renvoie
au criblé qui se pratiquait sur métal à la
fin du XVe siècle ou au pointillé du XVIIIe siècle.
Au moyen de gouges-couteaux, le peintre-graveur pique la plaque
de bois dressée devant lui. Ce semis de retraits de matière
se traduira au tirage par autant d'éclats lumineux au sein
d'un aplat coloré. Il n'y a pas, insistons, de tracés
linéaires ni d'ombres: le modelé est seulement assuré
par un réseau de points ; Franz Gertsch lève, à
strictement parler, les lumières de la forme. Pour se guider
de proche en proche sur la plaque de bois, il projette par intermittences
une diapositive (il est bien sûr l'auteur de cette photographie
qu'il restitue librement à la main, comme gestuellement,
à la faveur de son entraînement au Tai-Ji). Le piqueté
réalisé évoque, vu de près, une trame
dite résine ou une structure de phototypie, que l'épreuve
sur papier japon va délivrer en « négatif »
sur un fond coloré jamais perceptible comme une surface stable,
car l'encrage au rouleau de la plaque et l'impression « au
frotton », ajoutés à la nature de la pigmentation
choisie comme un élément essentiel dans l'interprétation
de la partition gravée, engendrent à chaque fois un
champ bourdonnant et une identité singulière. C'est
dans ce champ que l'image prend corps, à la fois étale
et intense. La suite des épreuves d'un même sujet en
des tonalités différentes influe décisivement
sur la lecture de l'oeuvre par son regardeur : on en fera
l'expérience à Paris en passant d'un tirage en rouge
à une version en noir de Schwarzwasser II. C'est là,
précisément, que s'affirme le peintre, le coloriste
qui « couche » la forme, la séduction spontanée
de la narration réaliste, dans la livraison sensible de la
couleur, dans l'habit « non objectal » du monochrome,
dans la décantation de l'image par la durée du regard
qu'elle capte. Bref, l'oeuvre de Franz Gertsch peintre-graveur
apparaît comme une des fortes aventures artistiques du siècle,
par quoi les moyens employés (ceux du réalisme photographique,
en l'occurrence) se transcendent dans un écart signifiant.
Tout à coup nous pouvons, ici, redire avec Merleau-Ponty
: « Tout ce que je sais du monde, je le sais à partir
d'une vue mienne » et non pas à partir d'une
définition prétendument objective. [rmm]

Natascha
IV (6/18 et 7/18), 1987-1988, xylographie couleur, 232,5 x 182 cm
biographie
Franz Gertsch
est né le 8 mars 1930 à Mörigen, Canton de Berne.
De 1947 à 1950, Franz Gertsch fréquente l'école
de peinture de Max von Mühlenen, à Berne, où
la galerie Simmen présente en 1949 sa première exposition
personnelle. Jusqu'en 1952, toujours à Berne, où il
résidera jusqu'en 1974, il se perfectionne dans le domaine
des techniques picturales auprès de Hans Schwarzenbach. En
1967, il reçoit la Bourse Louise Aeschlimann, à Berne:
c'est l'époque des images pop aux typologies simplifiées.
La première des peintures réalistes de Franz Gertsch
date de 1969: « Huaa ...! », cavalier au galop, sabre
levé, interprète une double page du périodique
Salut les copains. Suivent dès 1970 les scènes de
famille ou de groupes, et les portraits « en situation »
d'amis du milieu de l'art. En 1972, à la faveur de Documenta
5, à Kassel, qui « interroge la réalité
», Franz Gertsch participe à sa première grande
exposition collective. L'année suivante, avec « Franz
et Luciano », son oeuvre s'oriente vers les représentations
de un ou plusieurs personnages plus cadrés dans leur présence
et spécificité propres. « Patty Smith »,
en 1979, marquera la conclusion de cette phase. Franz Gertsch voyage
: Paris, Etats-Unis (1972, 1973, 1986), Italie, Autriche, Écosse,
Allemagne, Japon (1987). Grâce à une bourse du DAAD,
il passe une année à Berlin en 1974-1975. Le CNAC,
à Paris, l'intègre en 1974 dans l'exposition «
Hyperréalistes américains / Réalistes européens
». À son retour de Berlin, Franz Gertsch passe quelques
mois à Berne, avant de se fixer en 1976 à «
Rüschegg » (non loin de Fribourg et de Berne), où
il vit et travaille depuis. La Biennale de Venise l'invite en 1978
à exposer dans le cadre de Dalla natura all'arte. Dall'arte
alla natura. Le grave et grand autoportrait de 1980 engage la focalisation
de l'artiste sur la tête. Cette vision prévaut jusqu'à
« Johanna II », peinture achevée en 1986. Commence
alors dans l'oeuvre de Franz Gertsch un nouveau chapitre qui va
occuper sans partage près d'une décennie : la gravure
sur bois, exécutée selon une technique de «
piquage » (entre 1947 et 1962, il avait délivré
des xylographies linéaires, souvent liées à
des récits, très élégantes dans leurs
abréviations illustratives). A ce jour ce pan majeur de l'oeuvre
gravé comprend un peu plus de 20 sujets aux dimensions très
larges, imprimés sur japon de main substantielle en des modalités
chromatiques nombreuses et raffinées. En 1994, l'artiste
reprend le pinceau à la faveur de quelques peintures sur
japon, à motifs végétaux culminant dans «
Lapis-lazuli : 8.III.1995 », qui est une méditation
totalement « abstraite » sur la couleur, le ciel nuageux,
l'élémentaire et l'eau, dans leur immense magma. Suivent,
toujours en très grand format, des toiles sur le thème
de l'herbe entre 1995 et 1997. Il entreprend alors un nouveau portrait
monumental, « Silvia », aux échos Renaissance,
achevé en 1998 et qu'on verra à la Biennale de Venise
de 1999, alors qu'il est en train d'en réaliser une variante,
menée à terme en 2000. L'oeuvre peint de Franz Gertsch
compte ainsi, depuis 1969, un peu moins de 50 grands formats, 10
petits formats, et 30 travaux moyens ou sur papier. En 1999-2000,
le peintre-graveur suisse se tourne à nouveau vers l'estampe
et délivre une dérivation gravée de «
Gräser II », tableau de 1996-1997. [rmm] .
Franz Gertsch
(photographié par Balthasar Burkhard)
expositions
personnelles
1949
Bern, Galerie René Simmen 1951 Bern, Galerie René
Simmen
1955
Bern, Anlikerkeller, « Grafik und Malerei » (8.X - 31.X)
1962
Bern, Anlikerkeller (13.I - 31.I)
1964
Bern, Anlikerkeller (1.II - 23.II)
1966
Zürich, Galerie Orell Füssli
1968
Bern, Galerie Krebs (16.X - 16.XI)
1969
Basel, Galerie Riehentor, « Bilder und Collagen » (7.VI
- 4.VII)
1970
Bern, Galerie Toni Gerber, « Neue Bilder I » (21.II
- 31.III)
Bern, Galerie Toni Gerber, « Neue Bilder II » (20.IV
- 31.V)
Basel, Galerie Stampa (25.IX - 28.X)
1971
Zürich, Galerie Annemarie Verna (22.I - 2.III)
1972
Luzern, Kunstmuseum (30.I - 15.III)
Berlin, Galerie Mikro
1973
New York, Nancy Hoffman Gallery (15.IX - 15.X)
1975
Berlin, Akademie der Künste (19.I - 23.II)
Braunschweig, Kunstverein (14.III - 27.IV)
Düsseldorf, Kunsthalle (6.V - 15.VI)
Basel, Kunsthalle (19.VI - 10.VIII)
Köln, Galerie Veith Turske (1.IX - 9.X)
1976
Köln, Galerie Veith Turske (10.X - 19.XI)
1977
Köln, Galerie Veith Turske (8.I - 16.II)
Basel, Art 8'77, Galerie Veith Turske (16.VI - 21.VI)
Köln, Art Cologne (Internationaler Kunstmarkt), Galerie Veith
Turske (26.X - 31.X)
1978
Basel, Art 9'78, Galerie Veith Turske (14.VI - 19.VI)
Köln, Galerie Veith Turske (14.VI - 19.VI)
1979
Köln, Galerie Veith Turske (10.II - 17.III)
1980
Zürich, Kunsthaus (18.IV - 8.VI) Hannover, Kunstmuseum mit
Sammlung Sprengel (22.VI - 7.IX)
1981-1982
New York, Louis K. Meisel Gallery, « Major Works » (3.XII.1981
- 6.I.1982)
1983
Zürich, M.Knoedler AG, « Arbeiten1981/1982/1983
» (23.VII - 3.IX)
1986
Bern, Kunsthalle,
« Johanna II » (12 - 13.IV)
Wien, Museum moderner Kunst (17.V - 29.VI)
Basel, Kunsthalle (12.VII - 7.IX)
1987
Zürich, Galerie Turske & Turske, « Die Holzschnitte
» (26.II - 28.III)
1988
Berlin, Galerie Michael Haas, « Farbholzschnitte 1986 bis
1988 » (10.XII.1988 - 28.I.1989)
1989
Genève, Cabinet des estampes & Musée Rath (Musée
d'art et d'histoire), « Bois gravés monumentaux »
(15.III - 21.V)
Chicago, Perimeter Gallery, « Large-scale Woodcuts »
(28.IV - 30.V)
Frankfurt/Main, Galerie Friedman-Guinness, « Die Holzschnitte
» (31.X - 9.XII)
1990
Zürich, Galerie Turske & Turske, « Die Holzschnitte
» (31.III - 26.V)
New York, Museum of Modern Art, in the series Projects / [Monumental
Woodcuts,] (12.V - 26.VI)
Washington D.C., Hirshhorn and Sculpture Garden, « Nine large-scale
Woodcuts » (19.IX - 16.XII)
1991
San José, Museum of Art, « Large-scale Woodcuts »
(13.I - 31.III.[14.IV.])
München, Städtische Galerie im Lenbachhaus, « Holzschnitte
» (3.VII - 1.IX.)
1992
Lausanne, Galerie Patrick Roy, « Gravures sur bois 1986-1991
» ( 5.II - 30.IV)
London, Turske · Hue-Williams Gallery, « New Works
» (2.IV - 31.V)
1993
Zürich, Graphische Sammlung ETH, « Landschaften »
(2.VI - 16.VII)
Frankfurt/Main, Städtische Galerie im Städelschen Kunstinstitut,
« Landschaften » (10.VI - 8.VIII)
1994
Oldenburg, Oldenburger Kunstverein, « Landschaften ·
Holzschnitte » (17.IV)
Bern,
Kunstmuseum, « Holzschnitte und Malerei auf Papier »
(30. IX - 27. XI)
Bern, Galerie Kornfeld, « Holzschnitte 1986-1994 » (3.X
- 30.XI) 1994-1995
Lausanne, Galerie Patrick Roy, « Travaux récents »
(12.XI.1994
- 21.I.1995)
Baden-Baden, Staatliche Kunsthalle, « Holzschnitte und Malerei
auf Papier », 10.XII.1994 -5.II.1995)
1995
Düsseldorf, Galerie Karin Fesel, « Arbeiten 1988-1994
» (14.II - 31.III)
Nagoya, Aichi Prefectural Museum of Art, [woodcuts · paintings
on paper] (26.V - 2.VII)
Ermatingen, Wolfsberg Management Training Center, « Holzschnitte
» (22.VIII - 24.X)
1997
Burgdorf, Kunsthalle (Maxe Sommer), [Holzschnitte] (8.III - 11.V)
Genève, Cabinet des estampes du Musée d'art et d'histoire,
série Les barricades mystérieuses IV / « Gravures
de jeunesse » (25.IX - 19.X)
1997-1998
Berlin, Hamburger Bahnhof · Museum für Gegenwart, «
Landschaften und Porträts 1986-1995 » (3.X.1997 - 11.I.1998)
Goslar, Mönchehaus-Museum für moderne Kunst [Ausstellung
zur Verleihung des Kaiserrings 1997 / Holzschnitte · Gemälde]
(18.X.1997 - 4.I.1998)
1998
Bern, Galerie Kornfeld, « Graphik der Jahre 1947-1957 ·
Einzelne neue Holzschnitte » (3.IX - 10.X) Michael Hue-Williams
Fine Art [woodcuts] (8.IX - 10.X)
1999
Kiel, Kunsthalle, « Frühe Holzschnitte 1947-1957 »
(31.I - 21.III)
Kleve, Museum Kurhaus · Edwald Mataré-Sammlung, «
Gemälde und Holzschnitte 1987 bis 1997 » (27.VI - 19.IX)
2000
London, Hess Collection at Vinopolis Gallery, « A major Retrospective
1970-1995 · Works from the Hess Collection » [woodcuts
· paintings] (2.II - 10.IX)
Berlin, Galerie Haas & Fuchs, « Holzschnitte ·
Gräser » (15.IX - 28.X)
2000-2001
Harburg, Harburger Bahnhof, « Die großen Holzschnitte
» (3.XI.2000 -14.I.2001) 2001
Paris, Centre culturel suisse, « Bois gravés monumentaux
1986-2000 » (23.II - 15.IV) 9
|