| retour au programme du Centre Culturel Suisse à Paris  |

Littérature



vendredi 2 février 2001 à 20h30

Philippe Jaccottet lit
des extraits de ses oeuvres

autour de l'exposition d'Anne-Marie Jaccottet-Haesler
le poète, essayiste et traducteur nous offre
pour la première fois à paris une soirée de lecture publique

réservation indispensable au 01 42 71 38 38
38 rue des frao
ncs-burgeois 75003 paris métro saint-paul ou rambuteau


jeudi 1er mars à 20h30
projection de « philippe jaccottet »
un film documentaire (1992) réalisé par françois barat

Cinquante-cinq minutes à l'écoute d'un écrivain qui n'a jamais cessé d'interroger sa passion pour la poésie, « le langage le plus vrai sur l'essentiel » ­ à l'instar des Haïku qu'il admire parce qu'ils sont capables d'éclairer les faits les plus ordinaires d'une lumière essentielle, atteignant par là ce que la poésie offre de plus pur.

Cette projection a lieu dans le cadre de deux soirées (jeudi 1er mars dès 17h30 et vendredi 2 mars à 20h30)
proposées par Visions du Réel, festival international du cinéma documentaire de Nyon


Le Centre culturel suisse est heureux d'accueillir l'écrivain et traducteur Philippe Jaccottet qui lira, pour la première fois à Paris, des extraits de son oeuvre.

« A l'approche de ces poèmes s'éveille une confiance. Notre regard, passant d'un mot à l'autre, voit se déployer une parole loyale, qui habite le sens, comme la voix juste habite la mélodie. Nulle feinte, nul apprêt, nul masque. Nous pouvons accueillir sans ruse interposée, cette parole qui s'offre à nous sans détour. Un émerveillement, une gratitude nous saisit : la diction poétique, le discours poétique (mais délivré de tout artifice oratoire) sont donc possibles, toujours possibles ! (...) La confiance qu'il éveille en son lecteur, sans doute Philippe Jaccottet la doit-il à la règle qu'il s'impose à lui-même, et qui l'oblige à se porter caution de chaque mot qu'il écrit : il fait bonne garde contre l'outrance, la solennité, la grandiloquence ; il se défie des trop brillantes images ; il a horreur de la gratuité. Le péché majeur, pour lui, serait de ne pouvoir à tout instant contresigner sa poésie par les gestes de la vie, par les nuances authentiques du monde perçu, par les certitudes (le peu de certitude) de la pensée. »

Jean Starobinski ( préface au recueil Poésies 1946-1967, Philippe Jaccottet, Poésie Gallimard).

Authenticité, dépouillement de cette voix, lancinante par sa justesse, qui se remémore à nous incessament. Illimitée dans sa portée, elle nous raconte ce monde que nous ne savons plus voir. Elle interroge nos faiblesses et nos peurs sans concession ni sensiblerie. Une voix qui nous accompagne à chaque moment de notre vie, jusqu'au sentiment fragilisant de la vieillesse qui s'insinue peu à peu. Nulle complainte, mais une ode à l'être humain, et surtout, à la nature. « Il y a chez Philippe Jaccottet le sentiment que le monde est déchiffrable et qu'une certaine acuité du regard doit permettre d'en saisir des éclats soudains. » (Gérard Meudal, Libération, 7 avril 1994.) Grandeur du monde végétal, de son bruissement ; grandeur de « la table du monde » dans son absolu. Un fil tendu entre l'inaccessible et le saisissable.

Poésies d'une telle évidence limpide mais qui laissent cependant leur auteur dans le doute, sur ce qui demeure, sur le bien-fondé de sa vérité, sur sa forme d'écriture. Le lecteur reste étonné par ces remises en cause tant chaque mot lui semble juste, comme un écho parfait à ses interrogations. « Homme de mesure et de pudeur chez qui l'émerveillement, l'élan d'amour, doivent, pour se traduire en poème, atteindre une certaine qualité de transparence (...) » (Patrick Kéchichian, Le Monde des Livres, 9 octobre 1987).

 


notice biographique

«Philippe Jaccottet est né à Moudon, le 30 juin 1925. Il publie ses premiers poèmes dès 1944 dans le Cahier de Poésie I dirigé par Edmond Jaloux, puis son premier recueil en 1945, Trois poèmes aux démons. Lors de son séjour à Rome en 1946, il se lie d'amitié avec le poète Ungaretti. Sa première traduction paraît chez Mermod la même année : La mort à Venise, de Thomas Mann. À l'automne 1946, Philippe Jaccottet est envoyé à Paris comme collaborateur des éditions Mermod où il reste plusieurs années. Il y fréquente les cercles littéraires, notamment celui de la NRF avec Jean Paulhan, Marcel Arland, Francis Ponge, Jean Tardieu, se lie avec des poètes de sa génération comme Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, André du Bouchet, ainsi qu'avec Pierre Leyris, André Dhôtel et Henri Thomas. En 1953, il épouse Anne-Marie Haesler, peintre. Ils vivent depuis cette date à Grignan, dans la Drôme. En plus de la création poétique et de diverses collaborations critiques, Philippe Jaccottet a traduit aussi bien des auteurs allemands (Musil, Mann, Hölderlin) qu'italiens (Ungaretti, Leopardi, Cassola), espagnols (Gongora), grecs (Homère, L'Odyssée) ou russes (Mandelstam).


à propos de Philippe Jaccottet

Peter Handke
La réussite de Jaccottet, en quelque quarante années d'exercice poétique, c'est justement de n'avoir pas contrarié, d'avoir mis en valeur, d'avoir laissé flotter : les lieux, les choses, le silence et surtout la lumière qui nous entoure (une variation sur un vers de Hölderlin que La promenade sous les arbres cite comme l'exemple le plus parfait, ce qui veut dire libéré de l'image : « Et les arbres nous baignaient de leurs baumes ». Mais comment Philippe Jaccottet parvient-il à une telle justesse (pour reprendre ici son langage adéquat et laconique) en présence de ce monde, le sien, qu'il appelle une fois « le monde de l'incertitude merveilleuse » ? (...) L'impulsion essentielle de sa démarche, je crois l'apercevoir dans le refus énergique de s'immiscer dans l'objet, dans l'obstination à laisser en paix (même en vue d'apaiser l'«éternelle inquiétude» personnelle). dans Philippe Jaccottet, de Jean Pierre Vidal (Editions Payot, Lausanne)

Daniel Leuwers
Être poète, c'est assurément avoir goûté à l'invisible amande du visible, c'est aussi avoir le pressentiment que le dénuement et le doute sont plus nourriciers que la connaissance assurée. Quant à l'exigence de la langue, elle gagne toujours à se doubler d'une exigence plus générale de perfection, et Philippe Jaccottet se plaît à citer cette phrase de G.M. Hopkins : « Si nous aimons les beaux poèmes, combien plus devrions-nous aimer la noblesse de vie ! ». Son oeuvre quête la plénitude que le contact avec la réalité lui insuffle. Mais elle répudie toujours la solennité au profit de l'hésitation obstinée, et elle sait éviter les pièges les plus insidieux, comme celui de « se retourner sur le peu qu'on a fait, en tirer je ne sais quelle doctrine ou quel art poétique, se croire dans la bonne voie... ». Autre piège, plus insidieux encore : assimiler la poésie à quelque soif de l'Être. Pour y échapper, Jaccottet propose l'application de toute notre personne à « une tâche modeste, comme d'un artisan (celui-là même, par exemple, qui a recueilli Hölderlin fou, ce menuisier qui l'a si bien compris) ». Le poète sait bien ­ et c'est ce qui rend sa position émouvante et vraie ­ que si la table de travail est nécessaire à quelque transaction secrète avec le lecteur, elle est loin d'être suffisante. « S'il y a un travail, cela se déroule ailleurs que sur la page. » NRF, déc.87

 


 

oeuvres de Philippe Jaccottet

aux Editions Gallimard
L'effraie et autres poésies
L'ignorant, poèmes 1952-1956
Éléments d'un songe, proses
L'obscurité, récit Airs, poèmes 1961-1964
L'entretien des muses, chroniques de poésie
Poésies 1946-1967, choix. Préface de Jean Starobinski
Paysages avec figures absentes, proses
A la lumière d'hiver, précédé de Leçons et de Chants d'en bas
Pensées sous les nuages, poèmes
La semaison, carnets 1954-1979
A travers un verger, suivi de Les cormorans et de Beauregard
Une transaction secrète, lectures de poésie
Cahier de verdure, proses et poèmes
Après beaucoup d'années, proses et poèmes
Écrits pour papier journal, chroniques 1951-1970
La seconde semaison, carnets 1980-1994
D'une lyre à cinq cordes, traductions 1946-1995

chez d'autres éditeurs
La promenade sous les arbres, proses (Bibliothèque des Arts)
Gustave Roud (Éditions universitaires de Fribourg)
Rilke par lui-même (Le Seuil) Libretto (La Dogana)
Requiem, poème (Fata Morgana)
Cristal et fumée, notes de voyage (Fata Morgana)
Tout n'est pas dit, billets 1956-1964 (Le Temps qu'il fait)
Haïku, transcriptions (Fata Morgana)

sur Philippe Jaccottet
Jean Pierre Vidal, Philippe Jaccottet. Pages retrouvées * Inédits * Entretiens * Dossier critique * Bibliographie
(Éditions Payot Lausanne, 1989)
Hervé Ferrage, Philippe Jaccottet. Le pari de l'inactuel (PUF 2000)
Philippe Jaccottet, Les Cahiers du « Temps qu'il fait » 2001


Archives

 

  | webmestre | © Centre Culturel Suisse de Paris | dernière modification 15.1.2001 |