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Authenticité,
dépouillement de cette voix, lancinante par sa justesse,
qui se remémore à nous incessament. Illimitée
dans sa portée, elle nous raconte ce monde que nous ne savons
plus voir. Elle interroge nos faiblesses et nos peurs sans concession
ni sensiblerie. Une voix qui nous accompagne à chaque moment
de notre vie, jusqu'au sentiment fragilisant de la vieillesse qui
s'insinue peu à peu. Nulle complainte, mais une ode à
l'être humain, et surtout, à la nature. « Il
y a chez Philippe Jaccottet le sentiment que le monde est déchiffrable
et qu'une certaine acuité du regard doit permettre d'en saisir
des éclats soudains. » (Gérard Meudal, Libération,
7 avril 1994.) Grandeur du monde végétal, de son bruissement
; grandeur de « la table du monde » dans son absolu.
Un fil tendu entre l'inaccessible et le saisissable.
Poésies
d'une telle évidence limpide mais qui laissent cependant
leur auteur dans le doute, sur ce qui demeure, sur le bien-fondé
de sa vérité, sur sa forme d'écriture. Le lecteur
reste étonné par ces remises en cause tant chaque
mot lui semble juste, comme un écho parfait à ses
interrogations. « Homme de mesure et de pudeur chez qui l'émerveillement,
l'élan d'amour, doivent, pour se traduire en poème,
atteindre une certaine qualité de transparence (...) »
(Patrick Kéchichian, Le Monde des Livres, 9 octobre 1987).
notice
biographique
«Philippe Jaccottet est né à
Moudon, le 30 juin 1925. Il publie ses premiers poèmes dès
1944 dans le Cahier de Poésie I dirigé par Edmond
Jaloux, puis son premier recueil en 1945, Trois poèmes aux
démons. Lors de son séjour à Rome en 1946,
il se lie d'amitié avec le poète Ungaretti. Sa première
traduction paraît chez Mermod la même année :
La mort à Venise, de Thomas Mann. À l'automne 1946,
Philippe Jaccottet est envoyé à Paris comme collaborateur
des éditions Mermod où il reste plusieurs années.
Il y fréquente les cercles littéraires, notamment
celui de la NRF avec Jean Paulhan, Marcel Arland, Francis Ponge,
Jean Tardieu, se lie avec des poètes de sa génération
comme Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, André du Bouchet, ainsi
qu'avec Pierre Leyris, André Dhôtel et Henri Thomas.
En 1953, il épouse Anne-Marie Haesler, peintre. Ils vivent
depuis cette date à Grignan, dans la Drôme. En plus
de la création poétique et de diverses collaborations
critiques, Philippe Jaccottet a traduit aussi bien des auteurs allemands
(Musil, Mann, Hölderlin) qu'italiens (Ungaretti, Leopardi,
Cassola), espagnols (Gongora), grecs (Homère, L'Odyssée)
ou russes (Mandelstam).
à
propos de Philippe Jaccottet
Peter
Handke
La réussite de Jaccottet, en quelque quarante
années d'exercice poétique, c'est justement de n'avoir
pas contrarié, d'avoir mis en valeur, d'avoir laissé
flotter : les lieux, les choses, le silence et surtout la lumière
qui nous entoure (une variation sur un vers de Hölderlin que
La promenade sous les arbres cite comme l'exemple le plus parfait,
ce qui veut dire libéré de l'image : « Et les
arbres nous baignaient de leurs baumes ». Mais comment Philippe
Jaccottet parvient-il à une telle justesse (pour reprendre
ici son langage adéquat et laconique) en présence
de ce monde, le sien, qu'il appelle une fois « le monde de
l'incertitude merveilleuse » ? (...) L'impulsion essentielle
de sa démarche, je crois l'apercevoir dans le refus énergique
de s'immiscer dans l'objet, dans l'obstination à laisser
en paix (même en vue d'apaiser l'«éternelle inquiétude»
personnelle). dans Philippe Jaccottet, de Jean Pierre Vidal (Editions
Payot, Lausanne)
Daniel
Leuwers
Être poète, c'est assurément
avoir goûté à l'invisible amande du visible,
c'est aussi avoir le pressentiment que le dénuement et le
doute sont plus nourriciers que la connaissance assurée.
Quant à l'exigence de la langue, elle gagne toujours à
se doubler d'une exigence plus générale de perfection,
et Philippe Jaccottet se plaît à citer cette phrase
de G.M. Hopkins : « Si nous aimons les beaux poèmes,
combien plus devrions-nous aimer la noblesse de vie ! ». Son
oeuvre quête la plénitude que le contact avec la réalité
lui insuffle. Mais elle répudie toujours la solennité
au profit de l'hésitation obstinée, et elle sait éviter
les pièges les plus insidieux, comme celui de « se
retourner sur le peu qu'on a fait, en tirer je ne sais quelle doctrine
ou quel art poétique, se croire dans la bonne voie... ».
Autre piège, plus insidieux encore : assimiler la poésie
à quelque soif de l'Être. Pour y échapper, Jaccottet
propose l'application de toute notre personne à « une
tâche modeste, comme d'un artisan (celui-là même,
par exemple, qui a recueilli Hölderlin fou, ce menuisier qui
l'a si bien compris) ». Le poète sait bien et
c'est ce qui rend sa position émouvante et vraie que
si la table de travail est nécessaire à quelque transaction
secrète avec le lecteur, elle est loin d'être suffisante.
« S'il y a un travail, cela se déroule ailleurs que
sur la page. » NRF, déc.87
oeuvres de Philippe Jaccottet
aux
Editions Gallimard
L'effraie
et autres poésies
L'ignorant, poèmes 1952-1956
Éléments d'un songe, proses
L'obscurité, récit Airs, poèmes 1961-1964
L'entretien des muses, chroniques de poésie
Poésies 1946-1967, choix. Préface de Jean Starobinski
Paysages avec figures absentes, proses
A la lumière d'hiver, précédé de Leçons
et de Chants d'en bas
Pensées sous les nuages, poèmes
La semaison, carnets 1954-1979
A travers un verger, suivi de Les cormorans et de Beauregard
Une transaction secrète, lectures de poésie
Cahier de verdure, proses et poèmes
Après beaucoup d'années, proses et poèmes
Écrits pour papier journal, chroniques 1951-1970
La seconde semaison, carnets 1980-1994
D'une lyre à cinq cordes, traductions 1946-1995
chez
d'autres éditeurs
La
promenade sous les arbres, proses (Bibliothèque des Arts)
Gustave Roud (Éditions universitaires de Fribourg)
Rilke par lui-même (Le Seuil) Libretto (La Dogana)
Requiem, poème (Fata Morgana)
Cristal et fumée, notes de voyage (Fata Morgana)
Tout n'est pas dit, billets 1956-1964 (Le Temps qu'il fait)
Haïku, transcriptions (Fata Morgana)
sur
Philippe Jaccottet
Jean
Pierre Vidal, Philippe Jaccottet. Pages retrouvées * Inédits
* Entretiens * Dossier critique * Bibliographie
(Éditions Payot Lausanne, 1989)
Hervé Ferrage, Philippe Jaccottet. Le pari de l'inactuel
(PUF 2000)
Philippe Jaccottet, Les Cahiers du « Temps qu'il fait »
2001
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