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lire en fête


vendredi 16 octobre à 20h30

Rencontre avec Jean-Marc Lovay - présentation : Jérôme Meizoz - lecteur: Arnaud Bédouet

Jean-Marc Lovay en Afghanistan, 1968

A l'occasion de la sortie de son dernier roman au éditions Zoé - soirée en présence des éditeurs de Jean-Marc Lovay : Marlyse Pietri, Editions Zoé, et Bernard Wallet,Editions Verticales.

« Toi qui seras un jour forcé de revenir sur la terre alors que tu auras donné ta vie pour être à jamais ailleurs que sur la terre, toi qui auras enfin réussi à aller dans un autre monde mais qui auras eu la faiblesse de te laisser renvoyer sur la terre comme un colis postal expédié en retour, oui toi, tu sauras combien je souffrais de me souvenir avoir commis un crime et de ne pouvoir me souvenir de ce crime. Et toi qui seras l'esclave exilé de la terre parce que tu auras brûlé en vain ta vie pour y demeurer toujours, tu croiras enfin que je percevais la vérité quand je percevais que j'étais un assassin et que c'était moi-même que j'avais assassiné. »

Aucun de mes os ne sera troué pour servir de flûte enchantée


 

«Qu'on ne cherche donc pas chez Lovay la séduction d'un conte gentil, paisible, arrangeant, et dont les péripéties seraient surgies en temps voulu pour nous consoler d'une angoisse. Au contraire, il faut s'en remettre au conteur. À bord de la machine-fiction lancée à folle allure, la vue est imprenable: c'est l'inconscient à ciel ouvert»

Jérôme Meizoz

 

Aucun de mes os ne sera troué pour servir de flûte enchantée : tel est le titre du dernier roman de Lovay que l'auteur présentera, à l'occasion de Lire en fête, au public du Centre Culturel Suisse et qu'Isabelle Rüf (Radio Suisse romande) résume ainsi: «Le facteur Frenchy qui veille sur les ruines du Palais Postal et son employé bénévole, l'Occasion, sont-ils des créatures de cauchemar, des allégories, des figures évadées d'un tableau de Jérôme Bosch? L'auteur ne donne pas de clefs. D'ailleurs, qu'y aurait-il à ouvrir dans ce monde où tout bascule, le ciel et la terre, la vie et la mort, la douleur et la jouissance, l'identité sexuelle, l'animal, l'humain et le végétal? L'univers de Jean-Marc Lovay est d'une étrangeté radicale. Il faut admettre de le suivre dans le contour des pleurs, jusqu'au tunnel du Bel Enfant. Renoncer à tout fil narratif résumable. Supporter qu'on joue du canard comme d'une cornemuse, que les sentiments soient des objets qu'on peut suspendre aux arbres et que les choses aient des sentiments. Il faut laisser toute idée préconçue et se laisser éblouir par les miroirs trompeurs, les ciels inversés, la phrase envoûtante, la magie du verbe et la noirceur du propos. Beaucoup y sont réfractaires. Ce n'est pas que Lovay soit un auteur élitaire. Ce qu'il dit est simple et sombre: notre monde est fini et c'est nous qui l'avont détruit, la violence régit les rapports entre les êtres et la nature n'est pas une mère accueillante mais elle crève aussi. Pour apprécier cette prose, il faut l'aborder comme de la poésie, se laisser porter par son rythme et s'y glisser pour un voyage initiatique en abandonnant ses habitudes mentales.»

Au centre de l'oeuvre de Lovay, une seule certitude: nommer ne suffit pas pour connaître. Le langage, censé décrire le monde, ordonne ce dernier comme des noix sur un bâton. Le lecteur progresse alors dans un espace où les points de repère s'effacent au fur et à mesure, où le sens se dérobe, où les objets (hors d'usage, récalcitrants), les êtres (égarés) et les mots échappent à leur fonction, précipitant l'action dans de vertigineuses impasses. Le récit, truffé d'indices inutiles et trompeurs, de fausses pistes et de juxtapositions saugrenues, ne cesse de se distraire en chemin et s'enlise dans des argumentations retorses, en une célébration onirique et tendre des conditions de notre propre passage sur terre.

Jean-Marc Lovay. Né à Sion (Valais, Suisse) en 1948, Jean-Marc Lovay quitte le collège à 16 ans. Autodidacte, grand lecteur dès le plus jeune âge, apprenti photographe. Voyages en Asie (1967-1969); ses premiers textes sont marqués par l'expérience de la route d'Orient et tiennent du récit initiatique (Epître aux Martiens; La Tentation de l'Orient, 1970, correspondance avec le poète Maurice Chappaz). Il vit pendant de nombreuses années de petits métiers, d'élevage, de collaborations à des journaux ou à la radio suisse.

Durant cette période, il publie trois livres chez Gallimard: il reçoit ainsi la Bourse Del Duca et le prix de la Vocation pour Les Régions Céréalières (1976), puis le Prix Rambert en Suisse. Trois ans plus tard, il publie Le Baluchon Maudit, puis Polenta (1980). Il effectue périodiquement de longs voyages (Ecosse, Madagascar) où se prépare parfois l'écriture. Ainsi sont publiés, désormais dans une maison genevoise (Zoé) ouverte aux avant-gardes, Le Convoi du Colonel Fürst (1985, Prix Dentan), les Conférences aux Antipodes (1987), Un Soir au bord de la rivière (1990) et Midi solaire (1993).» [Dictionnaire des Lettres Françaises, XXè siècle, Paris, 1996]

 

Jérôme Meizoz : Né en Valais en 1967, Jérôme Meizoz est aujourd'hui lecteur de français à l'Université de Zurich. Collaborateur régulier de revues littéraires et de sciences humaines, curateur de diverses éditions critiques, il est fin connaisseur de l'oeuvre de Lovay, qu'il a analysée dans une monographie intitulée Le toboggan des images. Lecture de Jean-Marc Lovay, Genève, Zoé, 1994. Son dernier ouvrage en date est consacré à C.-F. Ramuz (Ramuz, un passager clandestin des lettres françaises, Genève, Zoé, 1997).

Arnaud Bédouet : Comédien et metteur en scène, il est, à 40 ans, un habitué des théâtres subventionnés. Dernièrement, il a écrit et mis en scène une pièce inspirée de Gustave Flaubert : Gustave et Eugène, au Théâtre Hébertot avec Jacques Weber. Sa première pièce en tant qu'auteur dramatique, Kinkali, fut jouée au Théâtre de la Colline dans une mise en scène de Philippe Adrien. Elle a reçu deux Molière : meilleur auteur et meilleur spectacle de création.

 


Oeuvres de Jean-Marc Lovay:

 


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