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 Trois jours de rencontres et débats 
pour les 150 ans de la Suisse moderne


jeudi 5, vendredi 6 et samedi 7 novembre 1998

« Les Usages de la mémoire »

Trois écrivains et intellectuels suisses - Bernard Crettaz, Bernard Comment et Christophe Gallaz - ont souhaité ouvrir un débat (débordant le cadre helvétique) sur le bon usage de l'Histoire et l'invention d'une mémoire citoyenne.

Deux jours denses (comprenant des ateliers de réflexion l'après-midi, des films documentaires en ouverture de soirée, enfin deux grandes tables rondes) pour tirer du passé des raisons d'agir et notamment de prendre acte de l'attitude de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale.

En préface, un colloque et une rencontre avec un écrivain phare, qui est aussi un intellectuel engagé dans la vie politique suisse : Adolf Muschg.

 

« Finalement, le choc d'aujourd'hui nous offre une chance : celle de ressembler au pays que nous fûmes, et que nous pourrions être ; un pays qui participe à ce qui s'est préparé hier, un pays prêt non seulement pour l'action de demain, mais d'abord pour celle qui est possible aujourd'hui déjà. Le manque d'estime que nous sentons chez autrui, et que nous commençons de nous vouer à nous-même, disparaîtra très probablement si nous sommes capables de voir que nous n'avons pas seulement quelque chose à réparer, quelque chose à refaire ; mais bien quelque chose à faire, enfin. »

Adolf Muschg, Cinq discours d'un Suisse à sa nation qui n'en est pas une


 

 

exposition « Du coin de l'oeil » - Photochronique 1980 : L'écrivain Adolf Muschg lors de la manifestation de Noël, à Zurich

 

Jeudi 5 novembre : Un jour de rencontre avec Adolf Muschg

Splendeur et misère de la poésie - A propos de l'esthétique d'Adolf Muschg Colloque proposé par Jacques Le Rider et Doris Borelbach / Université de Paris 8 - Etudes germaniques

14h 30

 

Accueil et présentations par Jacques Le Rider, présentations puis lecture d'un bref texte d'Adolf Muschg par lui-même.

dès 15h 00

 

Trois communications par Jacques Le Rider, "Ecriture et peinture. L'aveugle et le vampire amateurs de peinture hollandaise dans La Lumière et la clé".

Doris Borelbach, Philippe Wellnitz, "Adolf Muschg, écrivain et citoyen suisse"suivies chacune d'une discussion.

18h 15

Projection du portrait filmé d'Adolf Muschg, réalisé par Magdalena Kauz pour la série LittéraTour de Suisse, prod. Télévision suisse DRS, (13'52, vo allemande doublée français)

dès 18h 30

Entretien d'Adolf Muschg avec Pierre Hazan, journaliste et auteur de l'ouvrage Le Mal suisse, paru en juin 1998 aux éditions Stock.

en conclusion

conversation entre Adolf Muschg et les participants au colloque sur le rôle politique que l'écrivain joue dans son pays.

 

Le titre du colloque tente de désigner une problématique qui mène au coeur du travail de Muschg en tant qu'écrivain comme en tant qu'intellectuel engagé. Ainsi, dans un entretien avec Manfred Dierks, Muschg lui-même a conçu la relation entre l'art et la vie comme son principal centre d'intérêt. Comme le montrent non seulement ses romans, mais aussi différents textes non-fictifs (par exemple les "Frankfurter Poetik-Vorlesungen"), Muschg s'intéresse particulièrement aux capacités et aux limites de l'art par rapport à la littérature. C'est à son caractère ambigu que Muschg attribue des effets thérapeutiques. «C'est parce que l'art re-constitue l'apparence qu'il pourrait servir de remède, c'est parce qu'il ne reconstitue que l'apparence qu'il pourrait avoir un effet de mensonge». La problématique de l'être et de l'apparence de vérité et de mensonge, de réalité et de fiction sont quelques aspects qui vont être analysés dans le colloque. C'est dans ce cadre que nous proposons d'examiner les sujets suivants : stratégies de récits et leurs fonctions; la contribution de Muschg à une poétique contemporaine dans le cadre de la modernité et de la tradition, le rôle du vampirisme, l'anthropologie de l'Homme entier; les relations entre l'écriture et la peinture."

Jacques Le Rider et Doris Borelbach

Adolf Muschg , romancier, essayiste, est l'un de nos meilleurs auteurs en langue allemande. Né en 1934, à Zollikon (Zurich), ce fils d'instituteur est parvenu à transformer les frustrations de son enfance en une brillante carrière. Docteur ès lettres à vingt-cinq ans, il est appelé, dix ans plus tard - après avoir séjourné au Japon, en Amérique et en Allemagne - à enseigner à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Membre du parti socialiste suisse, il milite en faveur de la révision totale de la Constitution fédérale suisse et, en 1975, il est porté candidat zurichois au Conseil des Etats. (...); mais sa vraie vie s'accomplit dans l'activité créatrice.

Récemment paru en français, chez Zoé : Cinq discours d'un Suisse à sa nation qui n'en est pas une 108 pages ISBN 2-88182-317-3 :

Adolf Muschg ne se contente pas de dénoncer à nouveau le comportement de notre pays durant la Seconde Guerre mondiale, ni d'évaluer une fois de plus nos responsabilité d'alors : ce qui compte pour lui, c'est la Suisse d'aujourd'hui. C'est ainsi qu'il nous invite à reprendre contact, par-delà nos mythes fatigués ou menteurs, avec ce que la Suisse a de meilleur : une culture politique fondée sur le respect de l'autre, une fédération des différences, une liberté citoyenne, inséparable d'un engagement dans la vie publique. Cette Suisse-là, nous avons à la continuer, y compris et surtout si nous voulons que l'Europe existe un jour.

 

Bibliographie sélective

Les écrits d'Adolf Muschg en langue originale allemande sont édités par Suhrkamp à Francfort. Ils se composent de romans, nouvelles, essais, textes critiques, ainsi que de nombreuses pièces radiophoniques et textes de théâtres. On peut consulter chez le même éditeur un ouvrage général sur l'auteur : Adolf Muschg, Manfred Dirks, 1989, Suhrkamp .

Parmi les ouvrages traduits en français, citons :


vendredi 6 et samedi 7 novembre novembre dès 15h

48 heures de débats

exposition « Du coin de l'oeil » - Photochronique 1942 : Vente aux enchères chez Fischer, à Lucerne. Un public fortuné se presse chez le plus grand marchand d'art en Suisse. Mais la plupart de ceux qui achètent et vendent ici préfèrent s'en remettre à des intermédiaires discrets. Andreas Hofer par exemple, un marchant d'art berlinois qui travaille pour le compte de Goering, propose des oeuvres impressionnistes volées dans des collections juives en France et achète des toiles authentiquement allemandes pour satisfaire la cupidité de son maître. Le marchand d'armes Emil G. Bührle aussi complète sa collection chez Fischer.

exposition « Du coin de l'oeil » - Photochronique 1925 : Tout ouïe. Ce jeune couple de l'arrière-pays lucernois est l'écoute des voix et des sons diffusés par la radio. Leur visage a cette expression singulière, ce regard légèrement décalé qui deviendra courant avec le développement des médias électroniques. Les yeux à la fois présents et absents, tournés vers un lointain indéfini, ils se laissent envoûter par la nouvelle technique qui fait parler d'elle en Suisse aussi depuis l'ouverture de plusieurs studios, à Lausanne en 923, à Zurich en 1924, et cette année-là à Genève et à Berne...

 

exposition « Du coin de l'oeil » - Photochronique 1876 : Helvetia, symbole d'unité diffusé à partir de 1850 sur les pièces de monnaie et les timbres-poste, doit triompher des nombreux fossés ouverts entre les Confédérés : entre libéraux et catholiques-conservateurs, bourgeois et ouvriers, partisans et adversaires de la révision de la Constitution de 1874.

48h de débats proposés par Bernard Crettaz, Bernard Comment et Christophe Gallaz

vendredi 6 novembre

de 15 h à 16h30

 

Atelier de réflexion I : La Suisse et les juifs avec la participation de Marlène Belilos (psychanalyste et journaliste), André Lasserre (historien), Berthold Rothschild (psychiatre). Présidence Ruth Scheps (journaliste scientifique)

 

de 16h45 à 18h15

Atelier de réflexion II : Pour une mémoire agissante proposé par Christophe Gallaz (voir son dernier livre dans notre « Prières d'insérer »). Comment mettre en oeuvre la mémoire? Comment la rendre utile au présent ? Peu de peuples savent répondre à cette question ou du moins la rendre vivante en eux, notamment nous, Suisses. Nous entretenons à l'égard des étrangers, aujourd'hui, une attitude insidieusement analogue à celle que nous manifestions il y a cinquante ans - comme si nous ne savions décidément pas penser les crimes commis dans notre Histoire et les exploits comme une expérience fertile. C'est aussi pourquoi nous ne cessons d'osciller, en qualité de Suisses, entre deux attitudes tragiquement dissociées : une étrange idolâtrie de nous-mêmes en tant que pécheurs et criminels durant la Deuxième guerre mondiale, et une sorte de fierté convulsive qui nous impose, l'instant suivant, de nier (parfois contre l'évidence) cette condition de pécheurs et de criminels. Cette incohérence est dévastatrice. Il n'en résulte pas un peuple qui serait uni par le sentiment qu'il a de lui-même, ni, par absence de ce socle, le moindre progrès de sa conscience envers autrui. Que faire ? Est-ce caractéristique de nous Suisses ? De notre époque ? Voilà le sujet.

à 18h30

Film : Je n'ai rien contre les juifs, mais..., d'André Gazut, Télévision suisse romande,émission "Temps présent", 1998, 63'.

à 21h

Table ronde : La mémoire face à l'Histoire avec la participation d'Etienne Barilier (écrivain et chroniqueur), Jean-Luc Benoziglio (écrivain), Jochen Gerz (plasticien allemand), André Lasserre (historien), Adolf Muschg (écrivain) et Berthold Rothschild (psychiatre).Présidence : Claude Torracinta (journaliste)

samedi 7 novembre

de 15 h à 16h30

 

Atelier de réflexion III : La Suisse, cent cinquante ans pour être une île proposé par Bernard Comment avec la participation de Hans-Ulrich Jost, historien, et de Bertrand Theubet (sous réserve), réalisateur du film "Le Pied dans la fourmilière" Comment est-on passé de la Suisse courageuse et hospitalière de 1848 à un imaginaire du repli dont une des obsessions les plus perceptibles est devenue la survie à tout prix et l'assurance tout risque. La récupération des Alpes investies progressivement d'une valeur de refuge, l'émergence d'un sentiment d'exception (un peuple à part), et la conception du Réduit national avec sa conséquence dans la multiplication d'abris civils, mais aussi la recherche systématique du consensus ou les pièces possibles de la démocratie directe, seront des étapes à questionner pour essayer de dresser une généalogie du refus d'intégration dans l'Europe. "Rasez les Alpes qu'on voie la mer", disait un slogan libertaire du dix-neuvième siècle. La Suisse a pourtant réussi malgré tout à devenir une île... Bernard Comment porte un regard d'écrivain redécouvrant son pays tant dans le film "Le Pied dans la fourmilière" dont il signe le scénario avec Bertrand Theubet que dans son dernier ouvrage, "Même les oiseaux", qui vient de paraître chez Christian Bourgois . "Ces récits "suisses", petites fables de l'excès inséré dans la banalité, nous font entrer dans un univers à la fois absurde, angoissant et drolatique dont la teneur métaphorique déborde la stricte inscription géographique. Et si la Confédération helvétique, petite île protégée et isolée, était le miroir grossissant de nos folies ou de nos aliénations contemporaines ?"

 

de 16h45 à 18h15

Atelier de réflexion IV : Mémoire citoyenne ! proposé par Bernard Crettaz. La mémoire est une activité complexe. Elle n'est jamais une reproduction ou un reflet. Elle se dévoile sans cesse en invention, réinterprétant le passé en fonction du présent et de l'avenir. Le passé n'est pas l'original qu'elle décalquerait ou qu'elle copierait mais la matière de ses métamorphoses entre l'oubli, la sélection, l'annulation, la censure, l'enjolivement et l'emblématisation. Dans ce sens chaque personne, chaque groupe, chaque société produisent la mémoire qui les arrangent, de même qu'il existe des politiques de la mémoire qui tentent de l'asservir aux intérêts des pouvoirs en place. Le travail de mémoire peut se définir comme un essai difficile de contre pouvoir pour s'approprier un passé manipulé et peut engager l'avenir entre la double et contradictoire nécessité de l'oubli et du souvenir. Dans ce sens, le travail de mémoire entrecroise le travail de l'historien, dans une consolidation réciproque comme dans une contradiction totale. Ces deux activités de lutte pour le passé ne peuvent ni s'ignorer ni se confondre. Leur confrontation ne peut être que créatrice pour promouvoir la mémoire vivante face à la mémoire figée.

 

à 18h30

Film : Le Pied dans la fourmilière, de Bertrand Theubet et Bernard Comment, production Télévision suisse romande, 1998, 54'.

à 21h

Table ronde : Que faire (de la Suisse) ? avec Bernard Crettaz (sociologue et conservateur au Musée d'ethnographie de Genève), Yvette Jaggi (Présidente de Pro Helvetia - Fondation suisse pour la Culture), Pierre Hazan (journaliste au Temps et à Libération) et Hans-Ulrich Jost (historien). Présidence : Claude Torracinta

Site à visiter : les 150 ans de l'Etat fédéral