MUSIQUE 11-13.06.09 / 20H
Grand Pianoramax & guests
avec Anthony Joseph, Mike Ladd, Celena Glenn et Grégoire Maret
prix des places : 7 et 10 € / réservation conseillée
Léo Tardin, Genevois installé depuis 10 ans à New York, a troqué sa matière jazz contre une musique faite d’électricité. Dans son projet Grand Pianoramax, il improvise de courtes séquences sur d’anciens claviers (Fender, Moog). En face de lui, un batteur le suit et anticipe au doigt et à l’oeil. Tardin associe les déclinaisons hybrides de son post-jazz aux improvisations vocales de poètes et rappeurs comme comme Spleen, Mike Ladd et Celena Glenn.
Trois soirs de slam, de jazz, de rap avec des invités prestigieux. Avec Grand Pianoramax, Léo Tardin réinvente la musique improvisée.
11 juin : Grand Pianoramax + Anthony Joseph
12 juin : Grand Pianoramax + Mike Ladd
13 juin : Grand Pianoramax + Celena Glenn + Grégoire Maret
Ces soirées sont organisées par Arnaud Robert, journaliste et programmateur.
Mais qui est Grand Pianoramax ? par Arnaud Robert (article paru dans Le Phare n°2)
Ce n'est pas Léo Tardin, pianiste genevois, lunettes cerclées et chemise à manches courtes, qui l'a pourtant inventé. Un mutant, plutôt, un guerrier de l'outre-jazz, qui n'en pouvait plus de tailler les bars à coups de standards, de remporter des prix de clavier (premier concours du Montreux Jazz Festival, 1999), d'être un pianiste parmi d'autres.
Tardin a donc fomenté Pianoramax. Un arsenal de vieux outils modernes - l'orgue Fender, le Moog – des instruments qui bruitaient les invasions extraterrestres dans les films des années 70. Pianoramax, c'est Tardin plus une batterie. Dominik Burkhalter, un tapageur des peaux tirées, qui cravache ferme pour que la chose ne s'étire pas. Dans son album The Biggest Piano in Town, sorti chez ObliqSound, Pianoramax renonce au confinement. Jazz? Non. Electro-Jazz, Acid, House? Pas davantage. Pianoramax, c'est John Cage sur une table de vivisection.
La musique n'a plus d'argent, ni d'espace. Pianoramax rationalise. Un duo. Et une voix, qui instille des poétiques urbaines dans le flot de rythmes fendillés. Mike Ladd, rappeur américain à Paris, il déserte les ghettos du hip-hop contemporain. Celena Glenn, la plus belle chose qui soit arrivée au slam, sa rédemption, son côté punk; elle débarque de New York avec une dégaine de parnassienne côtelée.
Pour le Centre Culturel Suisse, Pianoramax propose une création. Trois concerts tricotés large. Des invités dont il rêvait. Anthony Joseph, d'où vient-il lui aussi? De Trinidad où il est né un jour de Diwali, de fête indienne, à mi-chemin entre la créolité caraïbe, les chapatis du jour, et le tourisme de masse? Ou de Londres, où il vit depuis longtemps, où il enseigne la libre expression, le spoken word et le voodoo funk aux enfants d'immigrés? Le nouvel album d'Anthony Joseph (Bird Head Son), quoiqu'il en soit, vous fait l'effet de Gil Scott-Heron tout juste sorti de cellule pour reconquérir le langage.
Et David Murray. Il est arrivé après la plupart des Américains Rive Gauche. Après l'Art Ensemble of Chicago, après Archie Shepp, après Sunny Murray. Il appartient à cette troupe d'Etatsuniens grisés réfugiés à Paris pour que le jazz devienne événement cosmique. Il y a vingt ans, à Manhattan, dans la période des lofts, on parlait de Murray comme du saxophoniste ultime, le fils roué de John Coltrane et d'Albert Ayler. Aujourd'hui, il joue avec Cassandra Wilson, avec des Guadeloupéens d'Afrique. Il est devenu ce que chacun anticipait. Un miracle soufflé.
Trois soirs. Une odyssée. Oui, Léo Tardin est Suisse. Mais il vit à New York depuis dix ans. Et se damnerait pour s'installer un jour sous le Château de Lisbonne, amoureux fêlé du fado et des ruelles pavées. Pour sa série, il rassemble des exilés de partout. Des Ricains d'Europe. Des insulaires d'archipel. Des poètes sans plume. La musique de Grand Pianoramax dit beaucoup des métamorphoses actuelles. Le jazz était une chose acide il y a quarante ans, qui volait aux comédies musicales, à la publicité, au vacarme bitumé sa substance séminale. Désormais, les jazzeurs piquent au rap, à l'électronique, au sample. Matthew Shipp croise Antipop Consortium. Jason Moran pratique l'hymne rap d'Afrika Bambaataa (Planet Rock ). Les esthétiques se défient. La pop se numérise. Et la rime s'offre en spectacle.
Difficile de décrire l'impression que font les concerts de Pianoramax. Un sérieux extrême qui menace toujours de déborder. Tardin enfile des micro-structures, des basses huileuses, un tapis de club, sur lesquels sa main droite dérape. Il ajuste des scotchs, des signalétiques, sur ses claviers. Regarde le batteur. Change de vie. La musique n'est pas organique, elle est sanguine. Et puis, sur ces fausses simplicités qui forment le fond des choses, Tardin reçoit les scandeurs de passage. C'est l'ambiance magicienne. Des mots qui s'accrochent au vide. On se croirait dans les cafés poètes de New York, déplacés sur des pistes de danse.
Rien ne saurait présager de ces rencontres sur le fil électrique. Anthony Joseph qu'on a vu tanguer, bouteille de rhum en mains, parmi les colifichets d'un animisme postmoderne. David Murray qui parvient à vous faire croire qu'il ne se soucie de rien, avant de basculer un instant plus tard dans un lyrisme aux dents serrées. Des géants, au fond, réunis sur la scène du CCS, histoire de voir venir.
www.leotardin.com
www.myspace.com/celenaglenn
www.gregoiremaret.com
www.myspace.com/mikeladd
www.anthonyjoseph.co.uk