THÉÂTRE 16-17.10.09 / 18H30 (vendredi 16.10) et 16H (samedi 17.10)

eat-ch

Carte blanche aux Ecrivains associés du théâtre suisse


3 et 5 €, réservation conseillée

 

vendredi 16.10
18 h 30
: Présentation du Livre des écrivains associés du théâtre de Suisse par Bernard Campiche, éditeur
19 h :Théâtre romand d’aujourd’hui
Présentation de Pascal Nordmann et Dominique Ziegler par Sandrine Fabbri, suivie des lectures de leurs textes par des comédiens : Les Guetteurs III / l’adolescence de Pascal Nordmann, par Jane Friedrich
20 h 30 : Affaires privées de Dominique Ziegler, par Anne Richard, Ahmed Belbachir, Emmanuel Dabbous et Bernard Nissille

samedi 17.10
16 h
: Théâtre jeune public (+ de 6 ans, entrée libre)
La compagnie parisienne Pour Ainsi Dire (Molière 2008, théâtre jeunesse) met en espace Miche et Drate, paroles blanches de Gérald Chevrolet, avec Camille Voitellier et Florent Nicoud
19 h : La très grande et très fameuse conférence sur les auteurs dramatiques et leur tragique destin,  performance de Pascal Nordmann et Ahmed Belbachir
20 h 30 : Les auteurs sur le plateau, avec Ahmed BelbachirClaudine Berthet, Hélène Bezençon, Isabelle Bonillo, Domenico Carli, Nicolas Couchepin, David Jakubec, Thierry Panchaud, Jérôme Richer, Yves Robert et Michel Viala. Lectures par les auteurs accompagnés du musicien Lee Maddeford


Programmation : eat-ch et Compagnie Pour Ainsi Dire / partenariats diffusion : eat-France et ANETH

Article de Sandrine Fabbri

à consulter sur le web

« Une pièce en forme de thriller bancaire, un monologue d’amour évadé dans l’absolu de la langue, un texte jeune public, des auteurs qui montent eux-mêmes sur le plateau pour dire leurs textes en musique : pendant deux jours, l’écriture théâtrale suisse romande présente ses multiples facettes et fait jouer Jane Friedrich, Anne Richard, Bernard Nissille, Jacques Probst…

Ne décolérant pas du peu de cas fait de l’écriture contemporaine sur les théâtres francophones, de nombreux auteurs romands ont choisi la présence en force et ont créé en 2004 les Écrivains associés du théâtre suisse (www.eat-ch.org). Ils se sont en cela inspirés des EAT – France, mouvement fondé en 2000, notamment par Jean-Michel Ribes, actuel directeur du Rond-Point de Paris qui a désormais ouvert sa scène à ses pairs. Grâce à leurs actions collectives, les dramaturges ont gagné en visibilité et réussi à s’imposer un peu plus dans les programmes de saison – mais le combat n’est pas terminé.

Unis dans leur mouvement pour se soutenir et promouvoir la présence de l’écriture contemporaine sur les théâtres, les auteurs romands vont investir pendant deux jours le plateau du Centre culturel suisse. Assemblée de voix singulières, ce rendez-vous est l’occasion de rendre manifeste leur polyvalence dans l’écriture, la forme, l’esthétique, ainsi que la variété de leur regard sur le monde. Le final prend des airs de feu d’artifice collectif, puisqu’une douzaine d’auteurs monteront sur les planches, pour dire leurs mots en dialoguant avec le musicien Lee Maddeford.


La manifestation débutera par le voyage poétique d’une langue qui ne nomme pas mais qui tisse un univers d’images et de métaphores sensuelles et sensorielles. Dans son monologue que l’on dirait évadé dans l’absolu des mots, Pascal Nordmann donne la parole à une femme. En une seule phrase ponctuée de virgules, elle s’adresse à une autre femme pour évoquer la relation qu’elle entretient avec celui qui justement n’est pas nommé, celui dont il faudrait se séparer, celui qu’aucune chaîne ne pourrait retenir, mais aussi celui dont on ne se débarrasse pas. Le sous-titre de ce texte, L’Adolescence, met sur la voie de cet amour infini, charnel, souffert autant que merveilleux, qui est celui d’une mère pour son fils.


L’Adolescence est le troisième volet d’une trilogie de monologues pour femmes intitulée Les Guetteurs. Le premier, L’Hésitation, auquel succède La Certitude, s’est vu primé à Lyon où il sera présenté en novembre prochain. Pascal Nordmann, qui vit à Genève, a été comédien et directeur de troupe en Allemagne ; il publie également des proses chez Metropolis et il expose régulièrement en tant que plasticien. Amateur du virtuel, il a aussi créé en ligne une encyclopédie mutante, soit un logiciel qui transforme automatiquement des textes existants selon une contrainte lexicale que l’internaute peut choisir (www.pascal-nordmann.com). Enfin, il est le concepteur et l’animateur du site des EAT – CH.


Aux antipodes du monde intérieur et poétique de Pascal Nordmann, Dominique Ziegler affirme un théâtre engagé en prise sur le monde et ses déviances. En quelques années, cet auteur né en 1970 s’est fait connaître comme le plus politiquement incisif des scènes genevoises. Il rencontre le succès en 2001 avec sa première pièce, qui imagine un tête-à-tête privé entre un président français et un dictateur africain. En cela, il est bien le fils de son père, Jean Ziegler, le bouillonnant sociologue et écrivain tiers-mondiste. N’Dongo revient a été jouée à Genève et à Paris, avant d’être reprise en tournée franco-suisse, tandis que sa représentation en Afrique a été censurée par la Confédération helvétique – ce qui est un titre de gloire. Depuis, Dominique Ziegler a écrit six pièces, deux romans, des poésies et des chansons ; en juin dernier, à Saint-Gervais Genève, il a mis en scène Le Maître des minutes, pièce consacrée à Jean Calvin et inspirée de Pierre de scandale (Actes Sud 2009), roman qu’il a adapté avec son auteur Nicolas Buri.

À Paris Dominique Ziegler présente sa dernière pièce, Affaires privées, qui emprunte au thriller pour plonger dans le monde bancaire. Il y fait affleurer les troubles intrications entre milieux politique et économique et leurs désastreuses conséquences sur l’individu en termes d’harcèlement moral, de dépersonnalisation et d’aliénation. Elle met en scène Edmond Weinstein, banquier aussi friand de parts de marché que de culture et de sexe, son assistante ambiguë et pivot du drame Ghislaine de Saint-Brie, un jeune et gourmand trader, Jacques Olier, ainsi que René Pierrol, le mystérieux troisième homme. Ziegler a réussi à monter une mécanique à rebondissements huilée et efficace qui s’inspire ouvertement d'un certain banquier assassiné par sa maîtresse.
Il se démarque cependant du fait divers pour lui donner une nouvelle dimension politique qui vise ouvertement la galaxie Sarkozy. Ces brûlantes et haletantes Affaires privées ont été créées au Poche Genève le 7 septembre dernier dans une mise en scène de l’auteur, puis présentées notamment au Château Rouge d’Annemasse.


Enfin, les jeunes spectateurs ne sont pas oubliés dans cette programmation contemporaine puisque la Compagnie parisienne Pour Ainsi Dire leur présente une comédie de Gérald Chevrolet,
Miche et Drate, paroles blanches (publiée aux Éditions Théâtrales en 2007). Ces savoureux dialogues à la philosophie ludique mettent en scène deux personnages, l’un du côté de la pensée, l’autre du côté de l’instinct, qui s’interrogent sur la peur, la conscience, la mort, avec des mots pour enfants. Les adultes les dégusteront eux aussi avec plaisir, tant sont subtiles les réflexions qui naissent de ces courtes scènes abordant des thèmes éternels et jamais résolus.


L’Hésitation de Pascal Nordmann a reçu le deuxième prix du Forum des auteurs dramatiques (Forum des monologues, Institut international du théâtre, Unesco, 2006-2008), et il est l’un des six textes primés lors des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre 2009. Il sera mis en espace entre le 25 et le 27 novembre 2009 à la Médiathèque des Arts du Spectacle de Vaise (www.auteursdetheatre.org).

Les pièces de Dominique Ziegler viennent d’être réunies dans un recueil publié par Bernard Campiche sous le titre N’Dongo revient et autres pièces (septembre 2009). Ce même éditeur a sorti début 2009 Le Livre des écrivains associés du théâtre de Suisse, anthologie qui présente en détail 44 membres des EAT – CH.