THÉÂTRE 09-21.03.10 / 20 H sauf le dimanche 17 H

Dorian Rossel

Soupçons


relâche le lundi 15.03

prix des places : 7 et 10 € / réservation : ccs@ccsparis.com

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Après le succès unanime de Quartier lointain (février 2009), Dorian Rossel adapte librement pour la scène Soupçons, la série documentaire de Jean-Xavier de Lestrade. Cette création s’inscrit dans le prolongement de ses recherches d’écritures scéniques. Avec la même volonté de parler à la fois de notre époque et de l’expérience que les individus en font, le spectacle donne à voir la lutte d’un individu face au pouvoir judiciaire. Il se veut une interrogation sur la fragilité de nos existences et sur la part de fiction qui domine notre vie. Cette nouvelle création explore les aspérités d’un véritable « polar du réel ».

 

Mise en scène : Dorian Rossel / Adaptation : Carine Corajoud, Dorian Rossel et Delphine Lanza
Jeu : Sarah Chaumette, Rodolphe Dekowski, Mathieu Delmonté, Xavier Fernandez-Cavada, Delphine Lanza, Elodie Weber / Musiciens : Patricia Bosshard et David Robin / Scénographie : Jane Joyet / Dramaturgie : Carine Corajoud / Collaboration artistique : Delphine Lanza / Assistant à la mise en scène : Arek Gurunian / Musique originale : Patricia Bosshard & David Robin / Lumière et vidéo : Estelle Becker / Costumes : Barbara Thonney / assistante costumes :  Nicole Conus / Coach vocal : Odile Wieder / Transcription : Danny Lancesseur / Chargée de production : Muriel Maggos
 


Coproduction : Comédie de Genève – Centre dramatique, Cie STT, Théâtre Populaire Romand (TPR), La Chaux-de-Fonds.
Coréalisation Centre culturel suisse, Paris.
Dorian Rossel est artiste associé à la Comédie de Genève – Centre dramatique depuis la saison
08/09.

Avec le soutien de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture, de la Fondation Leenaards et de la Fondation Ernst Göhner.
 
Remerciements
Karim Kadjar, Claude Thébert, Simon Guélat, Aurélien Patouillard, Gabriella Zalapi, Jan Sigwart, Benoît Rossel pour leur précieuse collaboration.

En partenariat avec TéléObs Paris
Réservation : ccs@ccsparis.com

Dorian Rossel et le Plaisir de la complexité

Dix ans de création

à consulter sur le web

Multiplicité de points de vue, principe d’incertitude, pensée
en escalier… Faire le portrait de Dorian Rossel c’est accepter d’avancer
avec lui par fragments, incises et pièces rapportées dans un flot
de paroles grossi de nourritures théoriques et pratiques. Plongée dans
le matériau Dorian.


Son théâtre relève autant de la danse, des arts
plastiques et du documentaire que de la seule littérature
dramatique. Pour le large public, Dorian Rossel
est vraiment né en 2009. À la Comédie de Genève en
février, puis en mars à l’Arsenic à Lausanne, l’artiste de
34 ans a présenté la version théâtrale de Quartier lointain,
célèbre bande dessinée du Japonais Jiro Taniguchi
où Iroshi, un homme d’affaires, se réveille un jour dans
son corps d’adolescent. L’objectif de ce tour de passepasse ?
Refaire le chemin à l’envers et comprendre pourquoi
son père a quitté sa famille à ce moment. L’ouvrage
est sensible, touchant, comme l’est le travail de Dorian
Rossel et ses comédiens de la Super Trop Top (STT)
compagnie. Avec délicatesse et humour, les protagonistes
restituent le décalage BD et donnent de la fraîcheur
et de la profondeur à cette traversée.
Le plaisir. Le voilà, un des moteurs de Dorian. Dans le
travail comme dans la réception publique. « Le spectacle
doit générer une évidence de plaisir et de partage. C’est
une invitation à la joie d’entrer dans un univers délicat
et complexe.
» Ce principe, il commence par l’appliquerà son équipe.
En répétitions, les solutions scéniques sont
envisagées sans stress, avec une remarquable fluidité.
La ligne dramaturgique est tracée mais l’élément théâtral
n’est jamais figé. Car un bourdonnement bouche
fermée, un déplacement dos au public, ou un éclairage
inattendu peuvent dire une situation mieux que les
mots. Ainsi la scène est mobile, constamment animée,
en perpétuelle mutation.
Il en va de même pour Dorian Rossel. Deux heures
d’entretien n’ont pas raison de sa vivacité. La curiosité
le guide et toute proposition de dialogue est explorée.
Un héritage familial, sans doute, pour ce comédien metteur
en scène né à Zurich en 1975, d’un père ingénieur
et d’une maman actrice avec lesquels il a grandi à
Morges. « De mon père, inventeur et bricoleur, j’ai hérité
du côté technique et rigoureux. Ma mère, plus fantasque,
plus poète, nous a donné le goût de l’audace, de la liberté.
»
« Nous… », parce que Dorian a deux frères, plus âgés, qui
sont aussi dans le métier. L’aîné, Benoît, est réalisateur.
L’autre, Romain, est producteur dans l’événementiel.
« Nos parents nous ont emmenés voir des spectacles et
des expositions partout en Europe. Ils nous ont soutenus
dans cette idée d’être nous-mêmes.
» De l’importance de
l’éducation…
Dorian, décidément chanceux, a eu encore un autre
« père », de théâtre cette fois. Le metteur en scène Gérard
Demierre dont il suit les stages pour enfants. « À 13-14
ans, j’ai joué le rôle principal dans Quand j’avais 5 ans,
je m’ai tué, de Howard Buten. D’un seul coup, je suis
devenu la petite star locale et les filles me regardaient
différemment au collège ! C’était étrange. J’ai compris
que ce n’était pas la notoriété qui m’intéressait, mais la
recherche à plusieurs.
» Ce qu’il a aimé chez Gérard
Demierre ? « Sa manière de mettre en valeur les différences
des enfants. Il transformait un défaut en atout. »
Dans la foulée de ce souvenir, Dorian développe sa vision
du théâtre. « Avec mes comédiens, je veux générer
un lien qui va au-delà de nous. Le théâtre ne dépend pas
du confort ou de la gloire. J’aimerais que les spectateurs
se rapprochent d’eux-mêmes. Comme dit Edgar Morin :
“On n’est plus au temps des hommes des cavernes, on
est au temps des cavernes de l’homme.”
» Traduction :
de quel théâtre le public contemporain a-t-il besoin
pour rester éveillé ?
On croirait entendre Serge Martin, directeur de l’école
d’art dramatique chez qui Dorian a suivi sa formation
d’acteur à Genève. « Une formation très physique, très
remuante. Dans mon parcours, j’ai été plus influencé
par les chorégraphes Jérôme Bel ou Pina Bausch que par
Patrice Chéreau. » N’empêche, quand il évoque ses chocs
artistiques, Dorian mentionne Peter Brook et Claude
Régy. « Régy essaie d’entrer dans la part inconsciente du
texte. J’ai suivi un mois de travail avec lui et je me souviens
que lorsque tout me paraissait parfait, lui disait :
“On peut encore continuer !” J’aime me rappeler cette
consigne.
» De Claude Régy, Dorian cite encore cette
phrase qui le ravit : « Il faut que l’homme se réhabitue à
son propre miracle d’être vivant.
»
On l’a compris, Dorian Rossel n’est pas un metteur
en scène qui torture ses comédiens, plutôt un chef de
bande qui lance sans cesse de nouveaux assauts avec
ses matelots. Son théâtre lui ressemble : inventif, sensible,
plein vent.


Par Marie-Pierre Genecand

HLM 1, HLM 2, HLM 3… jusqu’à HLM 7 (1999-2004)
Au sein du collectif Demain on change de nom,
Dorian Rossel s’est illustré avec la série des Hors Les Murs
(HLM), initiative enthousiasmante qui proposait,
en boucle et gratuitement pendant plusieurs heures, quinze
minutes de spectacle essentiellement chorégraphique
dans une cour d’immeuble, au bord d’une rivière, dans
une entreprise désaffectée, etc. Parfois du texte, parfois
pas. Mais toujours, avec la danseuse Barbara Schlittler
et le comédien Christian Geoffroy, le trio trouvait de quoi
faire vibrer les lieux choisis pour la représentation.
Comme ce HLM dans les locaux désertés de La Suisse,
défunt quotidien genevois, où tout se terminait dans
l’affolement d’une poule en liberté.


Les Jours heureux (2004)
Dorian Rossel fonde la compagnie Super Trop Top
(STT) pour, dit-il, « dresser, avec ludisme et poésie,
un portrait de notre époque
». Première étape, Les Jours
heureux
, spectacle en plusieurs séquences qui s’amuse
du conflit entre soif de singularité et sauvegarde
de la collectivité. Un exemple ? La séquence des faux
départs. Les cinq comédiens sont assis autour
d’une table. Ils ne font rien de précis, s’ennuient peut-être.
Subitement, l’un dit « Bon ! » en se levant, et lance
le signal d’un départ collectif. Le problème, c’est que l’élan
n’est pas choisi, mais subi. Dès lors, une fois que
l’impulsion est consommée, chacun vient se rasseoir,
faute d’une motivation personnelle et raisonnée.
Comment mieux dire les limites du conditionnement ?


Gloire et Beauté (2006)
Là aussi, un spectacle-puzzle. Dorian Rossel s’inspire
de la vie quotidienne pour interroger le rapport
de l’individu à la société. Au début, dans le noir et dans
le froid, les cinq comédiens, nus, traversent la scène
encombrée de vêtements et tentent de trouver
une tenue à leur taille et des chaussures à leurs pieds.
Petits pas discrets, saluts polis, souci de bien faire :
le spectacle raconte d’entrée l’accommodation, valeur
cardinale de notre civilisation. Ensuite, il sera question
de déplacements urbains, de relations de travail,
d’interview philosophique ou de survie financière en
milieu artistique. Chaque fois, des évocations poétiques
plutôt que des démonstrations didactiques. Elégant
et léger. Un peu trop, peut-être.


Panoramique intime (2007)
Tout autre chose. Delphine Lanza, seule en scène,
raconte l’ascension d’un sommet de haute montagne,
métaphore du risque à confier son destin féminin
au genre masculin. Sur un texte de Stéphanie Kratz,
accompagnée de musiciens, la comédienne joue sur
le présent du récit, en vivant intensément cette escalade
entre refuge et glacier, et sur le présent des spectateurs,
en commentant par exemple les bruits parasites
de la salle. Une façon d’être dedans-dehors et d’offrir
la même liberté au public. Un spectacle subtil qui intègre
la vidéo, chose rare pour Dorian Rossel.


Je me mets au milieu, mais laissez-moi dormir (2007)
Trois comédiens, un homme, deux femmes rejouent
au théâtre La Maman et la Putain, film culte de la nouvelle
vague, signé Jean Eustache. Un choc en 1973, à cause
du vocabulaire cru et de la situation, un ménage à trois
plutôt mal vécu. Assis sur des chaises, le plus souvent
statiques, les comédiens rendent la complexité érotique
du trio avec une belle maîtrise du texte.


Libération sexuelle (2008)
Troisième volet de la trilogie traquant les mutations
de notre société, ce patchwork ingénieux mêle talk-show
télévisé, théâtre érotique du XVIIIe siècle, chansons
populaires, vraie conférence et faux sexe pour raconter
l’un des plus grands phénomènes de la deuxième moitié
du XXe siècle. Un tourbillon dont on ressort sonné et
ravi, ne sachant pas si on doit rire ou pleurer. Car,
témoignages à l’appui, tout le monde n’a pas vécu
l’amour libre avec la même allégresse. Sans compter
que le décloisonnement sexuel a aussi donné naissance
aux bimbos télévisuelles… Mais l’affaire n’est jamais
triste ou univoque. Et on rit beaucoup devant ce défilé
de possibles érotiques.


Quartier lointain (2009)
Après la tornade de Libération sexuelle, retour
à la simplicité poétique des HLM. Dorian Rossel réussit
le pari d’adapter Quartier lointain, célèbre bande
dessinée du Japonais Jiro Taniguchi où Iroshi, un homme
d’affaires, se réveille un jour dans son corps d’adolescent
pour comprendre pourquoi son père a quitté sa famille
à ce moment. Avec délicatesse et humour, les
protagonistes restituent le décalage BD en dédoublant
les séquences et les personnages – subitement,
il y a sept Iroshi – ou en reproduisant, à la verticale,
l’esthétique du cadre. D’autres trouvailles, comme le fil
musical tissé en direct par une clarinettiste et une
violoniste, donnent de la fraîcheur et de la profondeur
à cette belle interrogation sur les mystères de la paternité.
Le spectacle, un succès, est promis à une grande
tournée.

Marie-Pierre Genecand

 
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