Akosua Viktoria Adu-Sanyah
no flowers
En parallèle des expostions de Mai-Thu Perret et Ingeborg Lüscher
MAR 07.04 / 19:00
Rencontre entre l’artiste et Julie Jones, directrice de la MEP (Maison européenne de la photographie), autour du livre no flowers, publié en écho à l’exposition au CCS.
Gratuit sur réservation.
Explorant les relations entre matérialités photographiques, distorsions visuelles et mécanismes de perception, Akosua Viktoria Adu-Sanyah (1990, vit et travaille à Zürich) présente no flowers, sa première exposition monographique en France.
no flowers est un nouveau volet de la recherche DELIRIUM initiée par l’artiste en 2021. Ce riche corpus photographique prend racine dans un dialogue entre photographies, transformations générées par l’intelligence artificielle, expérimentations en chambre noire et cheminement du deuil.
En 2016, durant ce qui devait être une opération de routine, le père de l’artiste perd près des trois quarts de son sang et ne reçoit ni transfusion ni soins nécessaires. Une négligence médicale aux conséquences dramatiques, enracinée au coeur du racisme institutionnel et médical. DELIRIUM accompagne et saisit le processus de perte, la maladie, la cécité, l’isolation sensorielle, puis le décès du père de l’artiste en 2021. Les images photographiques qui le composent dévoilent un rapport halluciné au monde et une lente disparition dans l’obscur : une inéluctable sortie de ce que l’on appelle collectivement le réel. En 2022, Akosua Viktoria Adu-Sanyah transmet à une IA génératrice d’images d’ancienne génération des photographies de la vie quotidienne de son père saisies à partir de 2020, sans aucun prompt. La machine lui en restitue sa propre vision, à la lisière de la réalité, du rêve et du cauchemar. Transférées sur films négatifs, ces images chimériques sont ensuite développées à la main par l’artiste, en chambre noire, au cours d’un travail complexe d’où jaillissent d’extraordinaires lumières et couleurs.
no flowers poursuit cette exploration et convoque de manière directe l’impact de l’absence. Car lorsque son père décède au Ghana, son pays natal, durant la pandémie, Akosua Viktoria Adu-Sanyah est en Europe. « I couldn’t say goodbye ». Pas d’adieux, pas de cérémonie, pas de tombe, pas de fleurs. Alors, de photographies de bouquets séchés et digérées par l’IA, l’artiste fait naître de nouvelles formes hantées, un jardin impossible. Une étendue de fleurs à la fois irréelles et tangibles, impalpables et infiniment présentes. Révélant la nature inexprimable de la douleur, l’exposition dévoile également des fragments de textes - images, tirés du rapport médical du père de l’artiste. En collaboration avec une IA conversationnelle, Akosua Viktoria Adu-Sanyah redéfinit les termes déshumanisants qui composent la longue liste de symptômes. Grâce à un procédé d’impression par contact, un nouveau lexique apparaît sur le papier photosensible, portant la trace de morceaux de ruban adhésif, rayures et imperfections présents sur la plaque de verre. Témoins de la violence du langage scientifique, ces oeuvres suggèrent également les potentialités résistantes de la matière et du geste et la tendresse d’une réappropriation poétique du trouble.
no flowers se saisit alors comme une tentative de s’emparer de l’indicible, de le transfigurer. La répétition fertile, infatigable et indisciplinée d’un geste de réparation, de dignité, de mémoire.
éléments biographiques
Akosua [a-kos-ya] Viktoria Adu-Sanyah, née à Bonn en 1990, est une artiste germano-ghanéenne basée à Zurich en Suisse. Elle est diplômée en 2015 de la Hochschule der Bildenden Künste Saar où elle s’est spécialisée en photographie. Son travail a été présenté dans des institutions européennes telles que le Centre de la photographie Genève, le Photoforum Pasquart (Bienne), le Zollamt MMK / Museum für Moderne Kunst Frankfurt, le Helmhaus Zurich et le Georgian House Museum (Bristol). Elle participe également à des foires internationales telles que Art Basel et Art Basel Hong Kong. Son travail est régulièrement distingué, notamment par le Swiss Art Award en 2024, le Prix Louis Roederer de la photographie pour le développement durable en 2022 et le Prix d’Art Robert Schuman en 2021. En 2026, son travail sera présenté à la Deichtorhallen Haus der Photographie (Hamburg) et à la Stadtgalerie Saarbrücken.