Ingeborg Lüscher
Flammes
En parallèle des expositions d’Akosua Viktoria Adu-Sanyah et de Mai-Thu Perret
Ingeborg Lüscher (1936, vit à Tegna et travaille à Maggia, Tessin) présente Flammes, monographie retraçant sa pratique artistique depuis la fin des années 1960.
C’est à partir de 1967 qu’Ingeborg Lüscher s’installe au Tessin, en Suisse, et entame sa riche carrière artistique. Jusqu’alors comédienne au théâtre et au cinéma, Lüscher rencontre en Tchécoslovaquie un groupe de dissident.e.s du futur Printemps de Prague et décide de changer de destin. Autodidacte, elle débute une recherche plastique et performative qui ne la quittera plus : le maniement de la force créatrice et indocile du feu. En parallèle, elle développe dès 1969 une pratique photographique unique, documentant notamment la forêt encyclopédique de l’ermite Armand Schulthess qui l’amènera à exposer à la documenta 5 de Kassel (1972) et à rencontrer son compagnon de vie, Harald Szeemann (1933-2005). Dès les années 1975, Lüscher compose également des oeuvres conceptuelles et autobiographiques autour du hasard, de l’amour ou des rêves.
L’exposition Flammes propose au public de découvrir une généalogie d’oeuvres témoins du rapport à l’embrasement que déploie Ingeborg Lüscher depuis ses premiers travaux jusqu’à nos jours. Explorant l’impact du feu sur les matières et les corps, le parcours d’exposition débute par les images d’archive de la performance Feueraktion (Duisburg, 1971). Vêtue d’une tenue de protection ignifugée, Ingeborg Lüscher enflamma une sculpture monumentale de polystyrène, dévoilant la puissance transformatrice des flammes et la condition éphémère et métamorphique de ce qui nous entoure. La série des Inbox, successions de plaques de polystyrène peintes et brûlées composent des tableaux-paysages. Alors que la potentialité d’une incandescence volcanique à venir ou les traces laissées par les flammes se rencontrent dans les sculptures de souffre et les peintures de cendres (dès les années 1980), la vidéo La Pupa Proibita (2006) rappelle la puissance infinie du corps féminin dans une chorégraphie de feux d’artifices inspirée de la tradition italienne du Ballo della pupa. Dans les sculptures faites de mégots : souvenirs de souffles fugaces, charnels et intimes, Ingeborg Lüscher rassemble avec minutie les biographies des fumeurs et fumeuses pour tisser un nouveau récit collectif.
Des braises aux volutes de fumée, de l’étincelle à la cendre, Flammes explore la vitalité d’une pratique artistique du feu, de son pouvoir sur les matières et les sens, du rapport agissant de la flamme sur le corps, son absence et sa renaissance.
éléments biographiques
INGEBORG LÜSCHER
Née en 1936 à Freiberg (Allemagne), Ingeborg Lüscher s’installe au Tessin en 1967. Invitée à la documenta 5 (1972), à la documenta 9 (1992) et à la Biennale de Venise (1999), elle participe à de nombreuses expositions dans des institutions internationales notamment au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, au Moore College of Art and Design (Philadelphie), au National Center for Contemporary Art (Moscou) et au Kunstmuseum de Lucerne. Son oeuvre fait l’objet de plusieurs rétrospectives : Museo di Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto (Trentin) en 2004, Kunstmuseum de Soleure en 2016, Museo d’arte Mendrisio en 2024. Elle est lauréate du Prix Meret Oppenheim en 2011. Ingeborg Lüscher a également initié des projets curatoriaux majeurs autour de l’oeuvre d’Armand Schulthess, présentés entre autres au Getty Research Institute (Los Angeles), au Kunstmuseum de Berne, à la Kunsthalle Düsseldorf et au Castello di Rivoli entre 2018 et 2019.