Transformer le CCS : une architecture de l'altération
Six mois après la réouverture du CCS, les architectes Marie Bœnders et Thomas Raynaud (ASBR), Charlotte Truwant et Dries Rodet (Truwant + Rodet +), la photographe Florine Leoni et la graphiste de la publication En travaux, Adeline Mollard, reviennent sur le projet de rénovation et la documentation de la transformation opérée entre 2022 et 2026.
Marietta Eugster, créatrice de l’identité graphique du CCS depuis 2019 présente avec le graphiste Clément Rouzaud et l’artiste Jürg Lehni le concept de la signalétique du bâtiment rénové.
En travaux. De la rénovation à la réouverture : la transformation du Centre culturel suisse à Paris
La publication En travaux propose un regard à la fois artistique et documentaire sur la transformation du bâtiment et sur le processus de rénovation mené entre 2022 et 2026 par les studios d’architecture ASBR (Paris) et Truwant + Rodet + (Bâle).
Ce regard est porté par les photographes Florine Leoni et Nicolas Delaroche, ainsi que par la graphiste Adeline Mollard, qui développe un traitement des images en risographie afin de permettre une lecture en parallèle des différentes étapes de cette métamorphose architecturale. Les images du chantier en risographie dialoguent avec des photographies en pleine page des espaces achevés. L’ensemble est enrichi de plans et d’un entretien avec les personnes impliquées dans le projet, mené par l’architecte Stéphanie Bru, et se déploie sur deux papiers distincts.
À la manière d’un palimpseste, l’ouvrage révèle les strates du temps, la mémoire et les transformations successives d’un lieu jusqu’à sa réouverture au public.
Edité par le Centre culturel suisse. Paris & la Fondation suisse pour la culture - Pro Helvetia
Les travaux ont également fait l’objet d’un court métrage documentaire évoluer pour évoluer réalisé par Florine Leoni avec Margot Besson en Directrice de la photographie.
Shelf Life
Shelf Life (2026) est un système de signalétique et une œuvre d’art créés par Jürg Lehni en collaboration avec Marietta Eugster et Clément Rouzaud pour le Centre culturel suisse Paris. L’œuvre reprend le design en tôle pliée du 606 Universal Shelving System for Vitsœ de Dieter Rams — une icône du design fonctionnaliste — et le renverse complètement : agrandis à la taille d’un écran, ces modules sur mesure sont équipés de panneaux LED RVB industriels, tels que ceux produits en série à Shenzhen pour les panneaux publicitaires et les vitrines de magasins. Alors que l’original, au revêtement par poudrage, est lisse et élégant, Shelf Life est fabriqué en acier galvanisé — ce revêtement brut et cristallin que l’on retrouve sur les conduits d’aération et les chemins de câbles, relevant davantage de l’infrastructure que du mobilier.
Les trois résolutions différentes des écrans (tailles de pixels : 2,5 mm, 5 mm et 10 mm), forment une sorte de hiérarchie typographique dans le domaine du matériel informatique : lisibles de près, de l’autre côté de la pièce, de l’autre côté de la rue. Ils ne servent plus à porter des objets, mais véhiculent désormais de l’information, s’intégrant à l’identité de l’institution tout en restant des œuvres à part entière.
Shelf Life est à la fois un hommage et une sorte de hack bienveillant, qui célèbre et complète la version originale tout en lui donnant une nouvelle utilité. Comme dans Four Transitions (2020), l’œuvre invoque une certaine poésie dans la technologie : les outils que nous inventons pour communiquer finissent par façonner les apparences et la durée de vie de toute chose, qu’il s’agisse d’un écran, d’un standard ou d’un classique.
Projet de rénovation architectural
Le Centre culturel suisse (CCS) à Paris a fait peau neuve entre mars 2022 et février 2026. Sur la base d’un concours de l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL), en collaboration avec Pro Helvetia, le projet architectural retenu a été le fruit d’une collaboration franco-suisse des bureaux Architecture Studio Bœnders Raynaud — ASBR (Paris) et Truwant + Rodet + (Bâle). Le projet comprend la reconfiguration et l’harmonisation des espaces existants et l’amélioration de la circulation, de l’accueil, de la sécurité et de l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Plutôt que de favoriser le geste architectural, il privilégie la simplicité d’usage et de fonctionnement et la durabilité (efficacité énergétique, recours à des matériaux écologiques, etc.).
Le CCS se reconfigure comme une grande plateforme continue et flexible, où les espaces peuvent se déployer les uns dans les autres sans renoncer à leurs identités propres. L’ouverture accrue entre rue, cour et salles, les dispositifs mobiles, favorisent une typologie fluide, capable d’accueillir une grande variété de scénarios artistiques sans figer les lieux dans des pratiques spécifiques.