<p>Dimitri de Perrot <em>NIEMANDSLAND</em> © archphot</p>

Dimitri de Perrot au 104

NIEMANDSLAND

Que se passe-t-il quand rien ne se passe, qu’est-ce qui résonne quand on ne parle pas ? Installation sonore, concert libre et sculpture, NIEMANDSLAND propose une expérience immersive aux confins de nos existences. Une « discothèque du quotidien » dans laquelle Dimitri de Perrot mixe la bande-originale de nos vies, que l’on prend trop peu souvent la peine d’écouter.

NIEMANDSLAND, ou no man’s land en anglais. Littéralement « la terre sans homme ». À partir de cette expression généralement utilisée pour définir une zone démilitarisée entre deux fronts, le metteur en scène Dimitri de Perrot se penche sur ce qu’il se passe dans les interstices de nos existences. Pour ce faire, cet ancien DJ et spécialiste de la spatialisation sonore a imaginé une installation immersive, à la croisée du théâtre, du concert et de la sculpture. On y déambule librement, dans un entrelacs de petites scènes et de promontoires, à travers un jeu de miroirs, de lumières et de sons qui brouille les repères pour nous emporter vers des territoires oubliés. Des bruits du quotidien, récupérés par l’artiste au fil d’une journée ordinaire, qui, pris indépendamment, symbolisent chacun à leur manière nos modes de vie. Une manière de rendre hommage à ce « murmure de nos sociétés » si cher à Michel de Certeau.

“Dans mon travail, j’utilise le son comme un élément de style et de narration théâtral, équivalent au mouvement, au langage ou à l’image. La narration par le son est particulière et très actuelle ; elle ouvre un large éventail d’espaces de réflexion qui, à mon avis, sont nécessaires aujourd’hui pour un lendemain commun. L’oeil fixe un point, il sélectionne l’essentiel, laisse d’autres choses floues ou même les efface. Le sens de l’ouïe, en revanche, va sans cesse dans toutes les directions et permet à une variété de choses de coexister. Le son est immatériel et crée des espaces dans lesquels nous pouvons vivre des expériences et ressentir. Les sons n’existent que peu de temps, leur résonance est souvent intérieure, car avec chaque son naissent des associations individuelles. Cela rend le son précieux en tant que support narratif : l’ambivalence, la prise de conscience qu’une seule et même chose peut avoir une signification complètement différente pour chacun de nous. La vie est rarement sans ambiguïté, elle se déroule souvent dans un entre deux, où le chemin à suivre et l’orientation ne sont pas immédiatement donnés. Cette ambiguïté m’attire, car je la perçois comme très vivante.
Dans toute relation avec des personnes ou des objets, il y a des choses que nous ne savons pas ou que nous ne comprenons pas. Il y a des secrets, des lacunes, des contradictions et de l’inexplicable. Cependant, si l’on s’autorise à pénétrer dans ces états quelque peu diffus et que l’on accepte une certaine perte de contrôle, de nouvelles idées et perspectives peuvent alors s’ouvrir. Un espace de rencontres se crée dans lequel une approche nouvelle peut émerger, ou dans lequel un souvenir peut entrer dans un contexte élargi et permet ainsi de nouvelles interprétations. Comment trouver ma place dans le torrent d’informations de la vie quotidienne ? Comment trouver un point d’appui et une attitude me permettant de comprendre que tout ne peut être compris et de reconnaître que tout ne peut être connu, afin d’en tenir compte dans mes décisions ? Mon travail est une invitation à percevoir des situations de la vie quotidienne sous un autre angle. Il ouvre un espace de réflexion. Que sont les rencontres ? Où et comment se situe ce qui nous est commun ? Qu’est-ce que l’individuel et qu’est-ce que le collectif ? Comment développer un sentiment pour la communauté à partir de notre propre perspective, placer notre point de vue dans une référence collective, à côté d’autres réalités et pensées ? Où et comment émerge le point commun de toutes les différences, des privilèges et des disparités ? L’écoute crée des liens entre nous et développe l’empathie. Écouter demande du temps : donner du temps à quelqu’un ou à quelque chose signifie lui donner de l’espace, dans notre propre réalité, dans notre propre espace. Il s’agit d’une qualité essentielle permettant rencontre, découverte et la possibilité d’une compréhension et d’un changement.”
Dimitri de Perrot, 2021

éléments biographiques

Ancien DJ et adepte de turntablism, Dimitri de Perrot évolue depuis 1998 aux frontières de la danse, du cirque et du théâtre. En tant que metteur en scène, il utilise le son et l’espace comme matière première de ses créations, développant des formes hybrides à la croisée de la musique et des arts plastiques. Co-fondateur du duo Zimmermann & de Perrot (2006-2017), il est également conférencier régulier de la Haute école zurichoise des beaux-arts. Son travail porte sur l’insignifiant, cherchant à dégager l’étrangeté de ce qui nous est à priori familier. Après Myousic (2018), vrai-faux concert qui nous invitait à renouveler notre rapport à la musique, il poursuit son exploration des univers spatiaux et acoustiques avec son installation immersive Niemandsland.

Distribution

idée, composition/musique, mise en scène, scénographie : Dimitri de Perrot
dramaturgie : Anna Papst
création sonore : Max Molling
création lumières : Karl Egli
co-composition musique : Balz Bachmann
collaboration scénographie : Franziska Born
enregistrements musiques et voix : Marc Bodnar, Miro Caltagirone, Marco Delgado, Jack Ellis, Michael Fehr, Laurence Mayor, Nadine Fuchs, Dimitri Jourde, Jeff Loiselette, Julian Sartorius, Michi Sauter, Isabel Sören, Fred Ulysse
construction des décors : Leo Hoffman / Ateliers Gessnerallee
recherches sonorisation : ICST / Peter Färber
assistant musique : Peter Tillessen
think tank dramaturgique : Lukas Bärfuss, Christoph Meier, Imanuel Schipper
direction technique : Pablo Weber
communication : Christoph Meier
régie tournée : Jorge Bompadre, Karl Egli, Max Molling, Pablo Weber

Partenaires

En partenariat avec le CENTQUATRE-PARIS